[Covid-19] Comment les médias régionaux traversent la crise
L’appétit des Français pour les médias semble insatiable. Selon l’Alliance des chiffres pour la presse et les médias (ACPM), les 115 sites d’informations générales référencés ont vu leur fréquentation s’envoler depuis cinq semaines : + 111 % durant la 1re semaine de confinement ; + 57 % au cours de la 5e (du 14 au 21 avril). En région aussi, cette fréquentation est à la hausse. Ainsi, La Dépêche du Midi a vu, mi-avril, la fréquentation de son site s'accroître de 87 % par rapport à une semaine normée de janvier. Un dynamisme qui n’est pas le même en termes de vente des éditions papier, mises à mal par la crise. Chez Midi Libre (groupe La Dépêche), les éditions ont été départementalisées. Les ventes ont notamment souffert de la fermeture de 200 points de vente sur les 2 500 présents sur sa zone de diffusion. « Les abonnements numériques se portent bien en revanche, avec un nombre de souscriptions deux fois supérieur à la moyenne », indique à La Lettre M Olivier Biscaye, directeur des rédactions du groupe languedocien, qui compte notamment sur l’implication des 750 correspondants de villages pour apporter une information hyperlocale.
Recours massif à l'activité partielle
Pour passer la crise, qui, pour l’ensemble des acteurs, se manifeste par un recul des recettes publicitaires, la plupart des médias régionaux ont fait appel au dispositif d'activité partielle. Exception faite de l’audiovisuel public, France 3 ayant toutefois réduit la voilure éditoriale en supprimant dès le 17 mars ses journaux locaux de Nîmes, Perpignan, Albi et Rodez pour réaliser une édition régionale Occitanie avec quatre équipes de tournage quotidienne de part et d’autre de la Montagne Noire. « Les journalistes, quand ils ne sont pas reporters ou arrêtés pour des raisons de santé ou de garde d’enfants, peuvent être en tournage ou nourrir le site Internet de France 3 Occitanie », explique Eric Félix, rédacteur en chef de France 3 Pays gardois, lequel précise que ce plan de continuité d’activité doit, en principe, se prolonger jusqu’au 15 juin. Même organisation à Radio France, où les antennes ont également été régionalisées en concentrant les forces de quatre antennes locales. Lundi 11 mai, ces dernières reprendront toutefois la main sur la tranche horaire 6h-9h mais les journalistes et animateurs continueront pour la plupart à travailler depuis leur domicile.
Chute des revenus publicitaires
Les médias audiovisuels privés ne sont pas logés à la même enseigne. Ainsi, Vià Occitanie, dont le modèle repose sur la publicité qu’elle génère et ses productions audiovisuelles, a notamment dû, comme d’autres médias, faire appel au prêt garanti par l'État. « En Occitanie, nous avons sollicité 1,4 M€. À cette heure, nous avons reçu une réponse positive sur 50 % de cette somme », assume, avec franchise, Christophe Musset, le président du réseau Vià qui s’attend à une baisse de « 20 à 30 %” » de son CA cette année. « La quasi totalité des annonceurs privés ont suspendu leurs parutions. C’est normal, ils étaient tous fermés ! Automobile, immobiliers, commerces non alimentaires, cinéma... », souligne pour sa part Pierre Serre, dirigeant-fondateur de La Lettre M et des citymag Gazette de Montpellier et Gazette de Nîmes, à l’unisson de la profession. Depuis le début de la pandémie, ces deux derniers titres ont présenté deux numéros communs (prochaine édition le 14 mai), tout en assurant le suivi d’actu chaude sur leurs sites internet respectifs dont les audiences ont augmenté d'environ 250 %. « Le retour rapide à une publication hebdomadaire dépend des annonceurs qui représentent 73 % de nos recettes », décrypte Pierre Serre. Le dirigeant résume ici une problématique de fond : Si les médias régionaux ont pu passer la période de confinement grâce à l'activité partielle et aux aides d’État, leur équilibre économique ne dépend pas seulement de l’appétit retrouvé de leur audience et lectorat.
