Comment Altran veut réorganiser l’activité de ses 2 000 salariés toulousains
Faire face à la baisse - de l’ordre de 40 % - des missions confiées aux consultants de sa division spécialisée dans l’aéronautique et l’industrie. C'est l'objectif affiché par le groupe d'ingénierie et services industriels Altran (CA 2018 : 2,9 Md€, 57 000 salariés), qui étudie une réorganisation de l’activité des 2 000 salariés de son site de Blagnac. « Fin juillet, la direction d’Altran a informé les représentants du personnel du déploiement, dès octobre 2020, d’un nouveau centre d’ingénierie mondial baptisé Toulouse Engineering Centre (TEC). Ce projet de réorganisation des activités d’Altran Sud-Ouest* concerne uniquement les salariés de l’unité de Blagnac. Il s’appuie sur la création d’une nouvelle entité juridique spécifique, la société Altran Participations 2, et le transfert des activités aéronautiques et industrielles basées à Blagnac au sein de cette structure », précise un délégué syndical du groupe à La Lettre M. La direction d’Altran affirme pour sa part aux salariés qu’avec la création du Toulouse Engineering Centre, elle souhaite « effectuer un virage ambitieux vers la sortie de crise pour préserver l’emploi et les compétences du bassin toulousain ». Les représentants évoquent pour leur part un véritable « chantage à l’emploi ».
Baisse des salaires
« Les négociations avec la direction se déroulent au niveau national et non pas au niveau local. Or en basculant vers la nouvelle entité juridique, les salariés vont devoir accepter la remise en cause des accords d'entreprise et des contrats de travail, y compris sur le temps de travail et les salaires. Ces derniers devraient être amputés de près de 12 %. Et au cas où les négociations n’aboutiraient pas, les dirigeants brandissent la menace d’un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi, NDLR). Les salariés qui refuseraient l’application de ces accords APLD et APC (activité partielle longue durée et accord de performance collective, NDLR), pour leurs propres comptes, seraient licenciables économiques dans les conditions actuelles de leurs rémunérations, déplore un autre représentant du personnel. Car si la direction assure que la baisse des coûts journaliers - du fait de la signature des deux accords pré-cités - des consultants concernés rendrait l’offre du TEC concurrentielle, nous craignons que les risques d’une telle opération ne pèsent que sur les salariés. » De son côté, Altran table sur un retour à l’équilibre de ses activités aéronautiques et industrielles d’ici à trois ans grâce à cette réorganisation.
Le cas d’Altran est loin d’être isolé. Dans un territoire largement porté par sa filière aéronautique, la crise actuelle a des effets indirects très importants sur le secteur de l’ingénierie. « Nous constatons des baisses d’activités pouvant parfois aller jusqu’à 50 %, explique Philippe Frey, délégué régional Occitanie de Syntec Ingénierie. C’est particulièrement le cas d’entreprises positionnées sur le marché aéronautique, mais aussi dans l’automobile et le numérique. »
*Altran Sud-Ouest regroupe les salariés du groupe basés à Blagnac (31), Mérignac (33) et Pau (64), soit 2 750 personnes.
