la lettre M

Région Occitanie
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Biotechs - Santé
| 16/11/2021

Biomédicaments : une chance à saisir pour la région

Vingt nouveaux biomédicaments d’ici à 2030. Tel est l’un des dix objectifs du plan France 2030, soutenu par une enveloppe dédiée de 7,5 Md€. Engagée dans cette course, l’Occitanie a des points forts à faire valoir  « La région compte plus d’une centaine de structures spécialisées dans les thérapies innovantes », indique Olivier Rolland, directeur exécutif du démonstrateur préindustriel Toulouse White Biotechnology  mais aussi quelques lacunes à combler. Affutée en recherche fondamentale, la région manque d’acteurs dès lors que les traitements candidats entrent en étude clinique plus avancée puis atteignent le stade de la production. « C’est la ”vallée de mort” », déplore Gilles Divita, dirigeant de l'entreprise gardoise Divincell (ARN messager ciblant l'oncologie). En clair : les investisseurs européens sont frileux vis-à-vis de ces études coûteuses et incertaines.

Délocalisation
Faute de financements européens, Divincell prévoit de passer sous pavillon américain pour poursuivre ses essais. « Sur une période d'un an, le lancement d'une phase 2 nous coûte en fonds propres l'équivalent de notre masse salariale », renchérit Alexis Rideau, dirigeant de Deinove (recherche des futurs antibiotiques, cinquante salariés - 34). Pour Roland Béliard, dirigeant de l'usine LFB Biomanufacturing à Alès (production de biomédicaments, 80 salariés - 30), « la France dispose depuis longtemps du savoir-faire industriel pour produire des médicaments à base de molécules chimiques. Mais elle a raté en partie le virage des biomédicaments. » Résultat : ces produits sont souvent développés hors de l'Hexagone.

À nouveau, faute de moyens, « la production part, elle aussi, à l’étranger », regrette Roland Béliard, même si la tendance semble progressivement s’inverser. Exemples à Toulouse, où GTP Bioways (100 salariés) investit 12 M€ dans deux lignes pour la production de vaccins ou de thérapies cellulaires. Le groupe allemand Evotec y construit aussi sa première usine de biomédicaments européenne. Enfin, Flash Therapeutics réalise une plateforme de bioproduction dans la Ville rose (15 M€ d’investissement), « pour une écrasante majorité de clientèle étrangère », regrette toutefois Pascale Bouillé, sa présidente. Quant à LFB Biomanufacturing, elle produit déjà à Alès un biomédicament dont son groupe est propriétaire et espère voir commercialisé courant 2022 un autre traitement qu’elle fabrique pour le compte de Xenothera (44).

Opportunité à saisir
Et l'enveloppe de 7,5 Md€ prévue par l'État devrait accélérer ce retour de la production en région. C'est le pari que fait Philippe Domy, préfigurateur de Med Vallée, portée par la Métropole de Montpellier, citant le « groupe suisse spécialisé dans les thérapies cellulaires MedXCell, qui choisit d’implanter son centre de bioproduction dans la capitale héraultaise ». Le site sera érigé au nord de Montpellier. Mais tirer les bénéfices de cet alignement de planètes nécessitera de jouer collectif pour éviter de se faire concurrence, prévient Gilles Divita, dirigeant de Divincell, « sinon, seuls les poids lourds pourront en profiter. »

Stéphanie Roy, avec Bérengère Bosi
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