Airbus : les questions que pose la restructuration
Airbus avait 10 ans de carnet de commande devant lui. Comment expliquer qu'il soit aussi impacté ? L'effet est mécanique : le carnet de commande est constitué d'options posées par des compagnies aériennes, qui peuvent les confirmer en versant des acomptes. « Lors d'une crise comme celle-ci, soit les compagnies décalent leurs commandes, soit elles les annulent en négociant afin de ne pas perdre leurs acomptes, qui sont d'ordinaire de 5 %, nous explique une source industrielle. Le carnet de commande n'est pas virtuel, mais la majeure partie du paiement intervient à la livraison. Au final, c'est Airbus qui prend le gros des risques... »
Est-ce vraiment la crise la plus importante traversée par Airbus ? C'est « la crise la plus grave que ce secteur ait jamais connue », martèle Guillaume Faury, président exécutif du groupe, qui estime que le trafic aérien ne renouera avec les niveaux d'activité pré-Covid que « d’ici à 2023, voire 2025 ». Un pronostic réaliste, si l'on en croit les experts du secteur. Selon l'Iata, l'association internationale du transport aérien, les compagnies européennes devraient enregistrer à elles seules une perte nette de 21,5 Md$ cette année, ce qui pourrait menacer « 6 à 7 millions d'emplois liés à l'aviation en Europe ». « Si cette crise est la plus importante depuis des décennies, c'est probablement parce qu'il existait déjà, avant la pandémie, des signaux faibles, des changements de comportements de la part des consommateurs, analyse un fin connaisseur du secteur. Le Covid-19 a en réalité joué un rôle de catalyseur. Ne soyons pas dans le déni : le secteur ne repartira pas comme avant. »
On annonce 3 400 emplois supprimés à Toulouse : l'impact peut-il être réduit ? C'est tout l'enjeu des négociations entre la direction et les organisations syndicales. « On doit pouvoir faire baisser considérablement ce chiffre », estime Carole Delga, présidente PS de la Région Occitanie. Un avis partagé par le secrétaire d'État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, qui pense qu'il est possible de sauver « quasiment 2 000 emplois » chez Airbus dans le pays.
À quel point la chaîne de sous-traitance va-t-elle être impactée ? C'est la grande inconnue. Car au-delà des 28 000 personnes qu'Airbus et ses filiales emploient dans la région, sa chaîne d'approvisionnement locale, constituée d'un millier d'entreprises, fait travailler 86 000 personnes. Pour Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse, « il ne faut pas se contenter de regarder Airbus et ses partenaires de rangs 1 et 2. Car les plus touchés sont souvent les plus petits et les plus silencieux ». Un expert du secteur nous rappelle que « dans l'aéronautique, quand le donneur d'ordres souffre, sa supply chain souffre encore davantage. Les fournisseurs de rangs 3 et 4 jouent clairement leur survie. »
