Agnès Timbre, Celso

25/06/2020

Agnès Timbre, dirigeante de la société Celso (50 salariés, CA 2019 : 9,5 M€, siège à Bressols – 82), spécialisée dans la transformation de mousses (à 60 % pour l'aéronautique), prévoit une baisse d'activité « de 20 à 30 % » cette année, liée à la crise du Covid-19. La chef d'entreprise, qui a obtenu 1 M€ de PGE, jette un regard critique sur le plan de relance aéronautique. « J'ai été plus que déçue, confie-t-elle à La Lettre M. On nous a annoncé 15 Md€, mais la moitié est dédiée à Air France. Ce plan ne va pas beaucoup aider les PME. Renforcer les fonds propres et la digitalisation, c'est bien, mais cela ne va pas nous donner de boulot ! Quant aux 800 M€ investis dans l'achat d'avions militaires, pour mon entreprise, cela représente la production de six coussins. Je suis ravie ! »

Après avoir fait le choix de baisser provisoirement le rideau, l'entreprise tarn-et-garonnaise a progressivement repris le travail à partir du 1er avril. « Dans l'aéronautique, toutes nos activités ne se sont pas comportées de la même manière face à la crise, explique Agnès Timbre. Le marché des sièges pilotes et co-pilotes est faible. Celui des sièges passagers est en total stand-by. En revanche, l'aviation d'affaires fonctionne correctement. Par ailleurs, nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur un portefeuille assez large, hors aéronautique. Ainsi, notre activité médicale s'est bien comportée. » Après une baisse d'activité de 40 % en avril et en mai, le mois de juin devrait conserver une tendance baissière de l'ordre de 30 %. « Les commandes reprennent petit à petit, se réjouit la dirigeante. En deux jours, nous en enregistrons autant que pendant tout le mois d'avril ! Mais nous avons encore très peu de visibilité... » La chef d'entreprise, qui a fait le choix de maintenir l'emploi, vante les mérites du PGE et du chômage partiel. « On nous parle de l'avion décarbonné pour 2035, et c'est très bien, assure-t-elle. Mais ça ne donnera pas de travail pour les PME en 2021-2022 ! Sans poursuite du chômage partiel, ça va faire de la casse. Il faut aider la supply chain à survivre à tout cela, en conservant les compétences intactes. Car le dur du dur reste encore à venir, malheureusement. » 

Et le “monde d'après” ?
​Sur les perspectives de long terme du secteur aéronautique, Agnès Timbre se veut nuancée. « Quand je vois les gens dans la rue tous les jours, je sens une envie de revivre, confie-t-elle. Avec des précautions supplémentaires, bien entendu. Mais je suis certaine que l'on va reprendre l'avion, revoyager. Ça ne peut pas s'arrêter comme ça. L'envie collective va reprendre le dessus, petit à petit. » En revanche, estime la dirigeante, « prendre l'avion pour une simple réunion à Paris, c'est probablement terminé. Nous avons tous appris à travailler autrement. » Quant aux aspirations écologiques de la société, la chef d'entreprise les nuance, là encore. « Tout le monde travaille sur l'avion “vert”, et c'est tant mieux, assure-t-elle. Mais regardez le périphérique, le matin... La nature humaine a repris ses droits. C'est la même chose avec l'économie circulaire et les circuits courts. Dès le déconfinement, tout le monde s'est précipité dans les centres commerciaux ! »

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