Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l'Industrie

28/07/2020

Avant son rendez-vous avec une dizaine de sous-traitants de la filière aéronautique régionale à la préfecture de Toulouse, c'est dans l'enceinte du centre de livraison d'Airbus, à Colomiers (31), qu'Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l'Industrie, a rencontré le 23 juillet la direction du groupe européen. Alors que l'avionneur a annoncé la suppression programmée de 15 000 emplois, dont 3 400 dans la région toulousaine, elle a martelé son objectif de « zéro licenciement sec ». « Je suis venue ici dans un esprit de construction et de vigilance, indique-t-elle. La crise que traverse le secteur est inédite, avec 40 % de perte de CA. C'est du jamais vu. L'État a pris ses responsabilités, en déployant un plan d'une ampleur exceptionnelle de 15 Md€. Je demande à Airbus et aux grands donneurs d'ordres de prendre leurs responsabilités, ce qui signifie, au sein de leurs entreprises, de trouver toutes les solutions et de mobiliser tous les leviers. Tout doit être fait pour minimiser l'impact de cette crise. » Et d'ajouter : « Face à l'argent public, il doit y avoir des contreparties ». Un message entendu ? « La direction d'Airbus est consciente que l'État a mis beaucoup d'argent sur la table, assure la ministre. Elle sait que des économies de court terme peuvent se payer très cher à moyen terme... Il faut rester groupés, rester solidaires, afin de redémarrer puissants. » Alors que les négociations entre direction et syndicats ont débuté le 6 juillet – pour quatre mois -, la ministre estime que « chacun, autour de la table, doit faire un effort ».

Le satisfecit des syndicats
Agnès Pannier-Runacher insiste sur la nécessité de maintenir au maximum les compétences du secteur, à la fois chez Airbus et au sein de sa 
supply chain (chaîne de sous-traitance). « Avec les Etats-Unis, la France est le seul pays capable de fabriquer un avion de A à Z, argumente-t-elle. Nous devons conserver cette qualité de l'ensemble de la filière. » Si la direction d'Airbus n'a pas officiellement réagi suite à ses discussions avec la ministre, les représentants syndicaux, eux, se félicitent de voir le gouvernement viser le même objectif qu'eux. « Nous ne sommes évidemment pas encore au bout du combat, mais nous sommes satisfaits, assure Dominique Delbouis, coordinateur FO du groupe Airbus (syndicat majoritaire). Nous apprécions la venue de la ministre, qui vient vérifier que l'argent du contribuable sert à irriguer le bassin d'emploi. Nous le disons depuis le début : notre ligne rouge, c'est “zéro départ contraint”. Nous ferons tout ce qui est envisageable pour atteindre cet objectif. Il faut utiliser le dispositif du chômage partiel longue durée, miser sur la R&D dans le domaine de l'avion vert, mais aussi sur la formation. » Les représentants syndicaux – la CGT, la CFTC et la CFE-CGC étaient également présents – en ont  profité pour demander à la ministre « un effort supplémentaire sur la fiscalité des départs en retraite anticipés, mais aussi sur le chômage partiel de longue durée, pour lequel nous préconisons une durée de 36 mois (contre 24 prévus actuellement, NDLR) », explique Dominique Delbouis. De son côté, Jean-François Knepper, représentant FO d'Airbus, insiste, plus largement, sur l'importance d'une solidarité de filière : « Il faut qu'à la sortie de cette crise, pas un sous-traitant ne manque à l'appel. »

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