Un plan de 15 Md€ pour « sauver » l'industrie aéronautique
C'est un plan de soutien à l'industrie aéronautique de 15 milliards d'euros – incluant les 7 Md€ d'aide financière accordée à Air France-KLM - qui est présenté le 9 juin par le ministre de l'Economie et des finances, Bruno Le Maire. Attendu depuis plusieurs semaines, il vient répondre à la situation critique vécue par la filière française, fortement impactée par le Covid-19. « La crise, d'une brutalité terrible, a mis un coup d'arrêt brutal à la croissance » du secteur, déplore le ministre, qui déclare « l'état d'urgence pour sauver l'industrie aéronautique ». Pour Bruno Le Maire, « la reprise sera au mieux progressive, plus probablement très lente ». Et d'ajouter : « Cet effondrement a des conséquences directes sur notre constructeur (Airbus, NDLR) et sur ses sous-traitants. Au total, ce sont 300 000 emplois directs et indirects qui sont en jeu. Cela impacterait des territoires entiers, qui seraient appauvris par des faillites, en particulier en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine. » Co-construit avec Airbus, Thales, Dassault Aviation et Safran et «proportionné à la violence de la crise », le plan présenté par Bruno Le Maire s'articule autour de trois grands axes.
Sauvegarder les emplois. « Si nous n'agissons pas tout de suite, 100 000 emplois sont menacés dans les six mois, prévient le ministre de l'Economie. Nous devons permettre [aux grands donneurs d'ordres] de préserver au maximum les emplois en France. Soyons lucides : il y aura des ajustements nécessaires. Mais ils doivent se faire autant que possible sans départs contraints. » Pour cela, plusieurs instruments seront mis en place : les compagnies aériennes bénéficieront d’un moratoire d'un an pour rembourser leurs crédits à l’exportation (1,5 Md€), les modalités de remboursement des nouveaux achats d'avions Airbus pourraient être assouplies, passant de six à dix-huit mois (2 Md€) ; la commande publique militaire bénéficiera pour 800 M€ aux constructeurs français ; enfin, une activité partielle « de longue durée et ambitieuse » sera mise en place.
Accompagner la transformation des PME-ETI. Deux fonds d'investissement vont être créés. Le premier doit venir abonder les fonds propres des entreprises. Doté dans un premier temps de 500 M€ (1 Md€ à terme) - 200 M€ par l'Etat, 200 M€ par les industriels et 100 M€ par le gestionnaire, qui sera prochainement désigné -, il devrait être opérationnel dès juillet. « C'est la première fois que les quatre grands donneurs d'ordres acceptent de mettre de l'argent en commun pour soutenir la filière », se félicite Bruno Le Maire, qui évoque une « révolution ». Le second fonds sera dédié, lui, à l'accompagnement de la robotisation et de la digitalisation des entreprises du secteur. Entièrement financé par l'Etat, il sera doté de 300 M€ sur trois ans.
Accélérer la décarbonation. « Le fil rouge de la relance sera la décarbonation de l'économie », martèle le ministre, qui fixe un objectif « très ambitieux » : mettre au point l'avion neutre en carbone en 2035 au lieu de 2050. « La France doit être le pays d'Europe où se conçoivent et se construisent les avions de demain, assure-t-il. A cette fin, le Corac (Conseil pour la recherche aéronautique civile, NDLR) recevra un soutien de 1,5 Md€ sur trois ans. »










