RH, visibilité, normes...Les défis à relever pour la filière eau en Occitanie
Vingt-huit entreprises d'Occitanie issues de la filière eau étaient présentes la semaine dernière à Pollutec (Lyon), grand-messe des acteurs de l'environnement (70 000 visiteurs, 2 200 exposants). Une opportunité pour ce secteur – 500 entreprises et 7 000 emplois en région au total –, qui cherche à s’affirmer sur un marché désormais international. Plusieurs défis se présentent à lui.
À commencer par sa quête de visibilité, justifiant sa présence dans la capitale des Gaules.« Nous sommes sur des marchés dominés par des très gros prestaires qui passent essentiellement par des appels d'offres internationaux et de gros volumes explique à La Lettre M Alain Cruzalèbes, directeur de Perax Technologies à L’Union (31) qui travaille néanmoins avec des collectivités et des grands comptes. Ces grands acteurs disposent d'une structure telle qui ne vont pas forcément passer par des PME et des structures plus modestes. Les petites initiatives peinent parfois à émerger. » Pourtant, la filière peut se targuer d'être parmi les plus structurées du secteur de l’environnement dans le territoire, estime Anne Baraillé, responsable export au sein de l'agence Ad’Occ, qui accompagne une délégation régionale. « Ce secteur n'est pas loin de disposer de l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur pour le petit cycle », indique-t-elle, mettant en avant une offre de formation abondante et un solide dispositif de recherche – IM2E à Montpellier, GIS Eau du CNRS, unités de recherche de Météo-France à Toulouse, IMT Mines d’Albi et d’Alès... – ainsi qu’une présence soutenue dans l’ingénierie d’études avec des structures comme Biotope (34), BRL Ingénierie (30) ou encore CACG (65).
Pénurie de techniciens formés
Deuxième difficulté : celle des ressources humaines, en particulier dans le domaine technique : « Il y a trois ans, il n’y avait pas de problématique de recrutement. La focale portait sur l’ingénierie financière », rappelle Gauthier Poudevigne, membre du bureau du cluster régional Aqua-Valley (240 adhérents). Également directeur général d’Imeca (intégration de système de filtration membranaire, 15 salariés, 3 M€ de CA - 34), il admet avoir dû recourir à la sous-traitance pour honorer un récent contrat. Erwan Trotoux, DG de Sapoval (15 salariés, 1 M€ de CA) à Albi (81), abonde en ce sens. Sa PME accompagne des industriels dans la valorisation des eaux usées : « Nous arrivons à trouver des profils d’ingénieurs via les bassins d’écoles toulousaines (Enseeiht, Ensiacet ou Insa). C’est plus délicat sur les postes d’opérateurs, de techniciens en traitement des eaux et d’électromécaniciens. » Ce dernier évoque un faible contingent de personnes formées à l’échelle des besoins réels de l’industrie sur des compétences techniques très demandées. En sus de difficultés à séduire des candidats sur des emplois demandant une forte mobilité géographique.
Plus à l’est de la Région, le constat est aussi partagé par Carole Serna, DG de Serinol (2,5 M€ de CA, 20 salariés), qui effectue du traitement des eaux urbaines à Bram (11) : « Les gens bien formés sont très sollicités. Il est complexe de recruter des jeunes diplômés venant de BTS, DUT ou Licence, avance-t-elle. Il en est de même sur les CAP de mécanicien ou de chaudronnier-soudeur.»
Contraintes normatives
Autre enjeu à relever par la filière régionale pour intégrer la cour des grands : être capable de répondre à des appels d’offres truffés de contraintes normatives. « Un solide cadre de référence français permettrait de pénétrer les marchés internationaux », estime Gauthier Poudevigne. À commencer par l’échelon européen, pointe Yannick Fournier, ingénieur commercial à GLBiocontrol (technologies d’analyses microbiologiques, huit salariés, 1 M€ de CA) situé à Clapiers (34). Selon lui, une entreprise non normée pourra se voir fermer le marché continental à brève échéance : « De nouvelles directives européennes vont contraindre l’exploitant de s’assurer de la bonne qualité d’eau du point de production jusqu’au point de distribution. Il faudra être en conformité avec ce cadre. » Sur le marché français, beaucoup jugent que des normes obsolètes freinent aussi l’innovation. Vincent Bernad, ingénieur commercial de la deeptech montpelliéraine NXO Engineering (5 salariés, 250 k€ de CA), commercialise depuis peu son système d’épuration de l’eau au moyen de micro-algues. Après cinq années de R&D, il déplore des « process et brevets datant de 1987 et...1914 .» Un chantier de plus pour un écosystème qui se développe.










