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Energies
| 12/10/2021

Réunis à Marcoule, les acteurs du nucléaire présentent un front uni

Jean-Bernard Levy, PDG d’EDF ; Philippe Knoche, directeur général d’Orano ; François Jacq, administrateur général du CEA. Les dirigeants des poids lourds français de l’énergie ont fait le déplacement, le 8 octobre sur le site de Marcoule à Chusclan, pour participer à une conférence sur les enjeux de la filière du nucléaire. Organisé par Anthony Cellier, député LREM du Gard, l’événement réunit aussi Alain Gauvin, vice-président Grandes Entreprises du GIFEN (Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire) et Marie-Pierre Mouton, présidente du Conseil départemental de la Drôme où se situe la centrale nucléaire de Tricastin. « Nous sommes unis et organisés », souligne Jean-Bernard Levy, PDG d’EDF. Le message est clair : face aux grands défis du secteur, il faut jouer collectif.

Réchauffement climatique
Il faut dire que les enjeux sont nombreux. À commencer par les objectifs fixés par le gouvernement auxquels devront se conformer les acteurs énergétiques. « Il y a deux horizons de temps : d’ici à 2025, la part du nucléaire devra représenter 50 % du mix énergétique dans notre consommation totale et, d’ici à 2050, nous devrons avoir atteint la neutralité carbone », rappelle Anthony Cellier. « Nous devons adopter une approche intégrée de l’énergie, sans en opposer les différentes sources », estime François Jacques, administrateur général du CEA. « La filière doit jouer son rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique, martèle de son côté le PDG d’EDF. Cela passe par le bon fonctionnement du parc nucléaire et le développement de nouveaux parcs. » Et Jean-Bernard Levy de compléter : « Nous avons proposé au gouvernement un programme d’ampleur avec six EPR (des EPR2). » Le site de Tricastin (Drôme) est pressenti pour accueillir un de ces futurs EPR.

Répondre aux besoins énergétiques croissants
Il est également primordial d’assurer la souveraineté de la France sur le plan énergétique, dans un contexte où les besoins devraient croître significativement, estime Jean-Bernard Levy, « notamment en raison de l’électrification des usages dans la mobilité », précise-t-il. Pour compléter les futurs EPR, dont la construction prendra douze à quinze ans à partir du moment où la décision politique aura été prise, évalue Jean-Bernard Levy, EDF planche sur l’installation de Small Modular Reactors (SMR) qui viendraient en renfort, pour consolider les parc ENR. Autant de projets permettant de « contribuer à la relance, notamment dans les territoires, et maintenir les compétences et savoir-faire afin d’assurer l’avenir de tous les acteurs du secteur ».

Main d’œuvre et formation
Le volet formation / emploi est une autre problématique de taille pour la filière du nucléaire. Face à la pénurie de main d’œuvre qualifiée, Orano prévoit de lancer, courant 2022, une école des métiers. Le projet est estimé à plusieurs millions d'euros. « Orano c’est 300 alternants sur le territoire, indique Philippe Knoche. Nous recrutons 20 % des apprentis car nous formons pour l’ensemble de la filière. » Présent dans l’assemblée, Didier Giffard, président du cluster Cyclium et dirigeant de Cimat (maintenance d’installations nucléaire, 120 personnes, CA : 15 M€, Laudun-L’Ardoise), prend la parole : « Si tous les projets annoncés aujourd’hui se concrétisent, les besoins en compétences vont encore s’accroître. Nous avons déjà des centres de formation mais il faut les unifier, les fédérer sur un seul et même campus sous la houlette du Gifen. Une sorte de campus des énergies bas carbone, de façon à maintenir les compétences et à attirer les talents. »

Innover
Au-delà de la formation, la France a une carte à jouer en matière d’innovation. Sur ce point, Philippe Knoche, DG d’Orano, considère que le pays n’a pas à rougir et a encore quelques longueurs d’avance. « Le laboratoire Atalante*, à Marcoule, est unique au monde dans le domaine du recyclage et du traitement des déchets », rappelle-t-il. Et le DG d’Orano de souligner la coopération, « en innovation ouverte », entre l’Université de Montpellier, les instituts de recherche, le CEA , les industriels et certaines start-up, à l’instar d’Extracthive, spin-off du CEA de Marcoule, sans oublier la CleanTech Vallée.

500 M€ investis
La filière du nucléaire représente 220 000 professionnels et 3 000 entreprises en France, rappelle Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, dans une vidéo diffusée lors de la conférence. Dans le cadre du plan France Relance, l’État soutient le secteur à hauteur de 500 M€ dédiés à la modernisation des outils et à la formation, souligne-t-elle. Et d'annoncer : « soixante nouveaux projets, de la filière nucléaire, bénéficieront du plan France Relance en France, annonce-t-elle. Dont deux dans le Gard : Gambi-M et ACSP. » Agnès Pannier-Runacher justifie l’investissement du gouvernement pour la filière en une seule phrase : « Pas d’indépendance politique sans indépendance énergétique. »

*Le site permet de réaliser sur un seul lieu des travaux allant de la recherche fondamentale sur les éléments radioactifs jusqu’à des expériences de qualification de procédés industriels sur quelques kilogrammes de combustible nucléaire usé. (cf https://marcoule.cea.fr/)

Stéphanie Roy / roy@lalettrem.net
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