la lettre M

Hérault
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Commerce - Artisanat
| 2/06/2020

Reprise d'Orchestra-Prémaman, les dés sont-ils déjà jetés ?

« Je peux déjà vous dire ce qu’il se passera le 4 juin : l’offre de Pierre Mestre va être retenue. » Qu’ils soutiennent la proposition de reprise du mastodonte saoudien Al-Othaim ou celle de Pierre Mestre, tous les acteurs du plan de cession dont fait l’objet Orchestra-Prémaman (CA 2019 : 563,5 M€, 1 260 salariés, Saint-Aunès), interrogés par La Lettre M, font le même pari : Pierre Mestre va l’emporter. Pourtant, sur le papier, l’offre déposée par le fondateur du groupe héraultais n’est pas forcément la mieux-disante.

Sur le plan de l’emploi, Al-Othaim prévoit de garder 1 111 salariés et de conserver l'entrepôt logistique de Saint-Aunès (34), tandis que Pierre Mestre envisage de préserver 1 100 contrats. Ce chiffre inclut à ce jour les 131 salariés de l’entrepôt héraultais or, selon une source interne, Pierre Mestre ne souhaiterait pas le maintenir au-delà de 2020. Il veut transférer les activités logistiques de Saint-Aunès vers un autre site, opéré par l’entreprise Orlog, à Arras (62). L'objectif serait de trouver un repreneur pour le bail de l’entrepôt héraultais, susceptible d’employer tout ou partie des 131 salariés. Une incertitude plane donc sur l'avenir de ces employés.

Financièrement, la solidité de l’offre de Neworch (l'entité créée par Pierre Mestre) est aussi sous le feu des critiques : « Certes, Pierre Mestre est mieux-disant sur le prix d’achat de la société (15,5 M€ vs 1,8 M€ pour Al-Othaim, NDLR), mais c’est un montant échelonné et il ne met pas de BFR (besoin en fonds de roulement, NDLR), là où Al-Othaim en injecterait 35 M€ », souligne Hervé Guionie, directeur du développement d'Al-Othaim.

« Figure locale »
Selon plusieurs observateurs, l’offre de Pierre Mestre devrait pourtant avoir la faveur du tribunal de commerce (TC): « Pierre Mestre c’est l’enfant du pays, commente l'un d'entre eux. Une figure locale. » Si l'entrepreneur héraultais n'est pas exempt d'erreurs de stratégie (retard dans la transition digitale, échec sur le marché américain...), « le TC pourrait lui accorder une seconde chance ». D'autant qu'une ordonnance datée du 20 mai (article 7), autorise désormais officiellement le tribunal à accorder la cession d'une entreprise à son dirigeant de droit, donnant ainsi des chances supplémentaires à Pierre Mestre de l'emporter.

Ralph Blindauer, l’avocat des salariés d'Orchestra (le CSE a voté le 25 mai en faveur de l’offre d’Al-Othaim), ne décolère pas : « L’audience qui s’est tenue le 26 mai a été une mascarade ! (…) Il y a une offre archi-financée (celle d’Al-Othaim, NDLR), bonne pour l’emploi et tout le monde s’entend pour favoriser l’offre de Pierre Mestre, alors qu’il a créé un passif d’un demi-milliard. » L’avocat a déposé une requête auprès du TC de Montpellier pour qu’une nouvelle audience ait lieu, estimant avoir été écarté des débats concernant la recevabilité de l’offre de Pierre Mestre « dont chacun sait qu’elle pose un vrai problème ». La décision est attendue le 4 juin, tout comme une prise de parole de Pierre Mestre.

Stéphanie Roy
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