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| 2/12/2020

PSE, scission d'une activité et déménagement : le paquebot IBM de Montpellier va tanguer

« Environ 120 emplois sont menacés » sur le site IBM de Montpellier (450 salariés, 95 % sont des cadres), dans le cadre d’un PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) qui prévoit 1 251 suppressions de postes en France, soit une réduction de près d'un quart des effectifs, annonce à La Lettre M Yannick Édouard, délégué syndical CFE-CGC à Montpellier. Le paquebot montpelliérain a fait travailler « jusqu'à 3 300 personnes, hors prestataires, à la fin des années 80 », rappelle ce cadre de 41 ans, précisant que « lors des plans précédents, moins de 10 % des effectifs étaient concernés ».

Premiers départs au printemps

Ce PSE, qui sera dévoilé le 16 décembre avec le détail des effectifs concernés site par site, pourrait déboucher sur des licenciements s'il n'y a pas assez de volontaires pour quitter la société. « En avril, les salariés pourront se positionner selon les avantages proposés. Les premiers départs interviendront en mai-juin dans le cadre d’un PSE avec ou sans départs contraints. C'est l'inconnue pour l'instant. L'âge moyen à Montpellier est de 54 ans. C'est un avantage pour les départs en fin de carrière avec des incitations financières », observe Yannick Édouard. Comme lors des précédentes réorganisations, IBM France pourrait verser « deux primes de 7 500€ dans le cas d’une création ou reprise d’entreprise », illustre Frank Setruk, délégué syndical central CFE-CGC.

« Des gens en fin de carrière partent chaque année avec des gros chèques »

Ce PSE intervient après l'activation, en avril dernier, d'un plan de départ volontaire (PDV) : 40 personnes, essentiellement des techniciens, sont déjà parties ou sur le point de partir. En 2016, un nombre suffisant de départs non contraints avait permis d’éviter des licenciements prévus par le PSE national. Quelques dizaines de personnes avaient été concernées à Montpellier. Autre élément de contexte : « Des gens en fin de carrière partent chaque année avec des gros chèques, parfois plus élevés que leur salaire », souligne Yannick Édouard. Selon lui, en dix ans, plus de 500 personnes basées à Montpellier ont quitté le navire ainsi.

Scission d'une activité historique avant fin 2021

Ce PSE intervient également sur fond de scission, par le géant américain, de son activité data center historique, en perte de vitesse. La métropole de Montpellier en compte deux, pour une dizaine de techniciens. « Mille personnes d'IBM France dont 50 à Montpellier seront transférées d'ici à la fin d'année, voire avant, vers la nouvelle entreprise qui va récupérer la vieille industrie des data centers. IBM veut se recentrer sur le cloud et les nouvelles technologies », analyse Yannick Édouard. Entre cette scission et le PSE, le site montpelliérain d'IBM devrait compter, en 2022, moins de 300 salariés.

Déménagement début janvier

Mais avant ces grands chantiers, les 450 salariés actuels devront déménager, de début janvier à mars. « Nous abandonnons un des deux bâtiments historiques. Celui que nous quittons va être détruit, Covivio (groupe immobilier français, NDLR) va bâtir des immeubles de bureaux. Le bâtiment que nous occuperons est dédié à la supply chain et abrite un data center », révèle Yannick Édouard. Il est en cours de réhabilitation, avec réfection du réseau électrique, pose de cloisons et création de salles de réunions pour accueillir les clients. « Théoriquement, on pourrait tous travailler dans ce bâtiment, mais la direction préfère louer au mois un immeuble dans le même quartier, en face d'Orange », ajoute-t-il.

Des délocalisations vers l'Europe de l'est ?

A l'échelle nationale, tous les services (infrastructures, maintenance...) sont concernés par le PSE, y compris les fonctions supports (186 postes). « Les ressources humaines vont perdre 12 postes, soit 30 % de leurs effectifs, s’inquiète Frank Setruk, délégué syndical central CFE-CGC. Il va être difficile de fournir les bonnes informations aux syndicats. Actuellement, quand vous envoyez un CV à IBM France ou en cas de problème sur la fiche de paye, c'est traité par un service délocalisé en Bulgarie. Les équipes parlent français mais ne connaissent pas le droit français. Cela pose des problèmes d’interprétation. »

 

« On se demande pourquoi la direction nous annonce que l’entreprise est en grande difficulté alors qu’elle aurait pu alléger les charges grâce au chômage partiel, complète Yannick Édouard, délégué syndical CFE-CGC à Montpellier. Le dispositif a été très peu utilisé. Environ 200 salariés en France (sur 5 000, NDLR) en ont bénéficié : des personnes à risque et le personnel bloqué à domicile pour garde d’enfants. Ce PSE, c’est pour rendre la mariée plus belle, dans le cadre de la scission. » Et d'ajouter : « L’activité à Montpellier n’a pas baissé. Ceux qui restent risquent de se retrouver avec plus de travail, même si IBM a tendance à délocaliser afin de soulager les équipes en France, en Allemagne ou en Italie, car les salaires dans ces pays sont plus élevés qu’en République tchèque ou en Pologne. »

 

Contacté, IBM France se contente de répondre : « Nos décisions en matière de personnel sont prises afin de fournir le meilleur accompagnement à nos clients dans l'adoption d'une plateforme de cloud hybride ouverte et de capacités d'IA et nous investissons dans ces domaines. Nous continuons également à faire des investissements importants dans la formation et le développement des compétences des IBMers. »

Cyril Peter / peter@lalettrem.net
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