Pourquoi Toulouse mise autant sur le Festival des Lanternes
À Gaillac (Tarn), où il a été organisé durant trois hivers, le Festival des Lanternes a attiré au total un million de visiteurs. Ce 1er décembre, il ouvrira ses portes pour deux mois au parc du Ritouret à Blagnac, sur une surface deux fois plus importante (8 hectares). Avec 600 000 visiteurs attendus cette année, soit 150 000 de plus que lors de la dernière édition tarnaise, cet événement international concentre tous les espoirs de ses organisateurs mais aussi de l'ensemble de la filière touristique de Haute-Garonne. Pour son organisation, Blagnac a investi 2,5 M€ et le seuil de rentabilité est évalué à 450 000 visiteurs, selon Patrice Gausserand, ancien maire de Gaillac et président de la société Mag Conseil, détentrice des droits du festival pour l’Europe.
Près de 10 M€ de retombées pour la métropole
L’Agence d'attractivité Toulouse Métropole (AATM) et l’office de tourisme de Haute-Garonne, qui en est membre, espèrent surtout que l’événement signera le véritable retour des touristes étrangers, encore frémissant. « Sans doute que nous n'atteindrons pas les 600 000 visiteurs dès la première année – notamment en raison du risque de reprise de la pandémie, même si les indicateurs restent bons pour l’instant – mais l’objectif est de faire de ce festival un prétexte pour visiter la ville et rester deux ou trois nuitées, explique à La Lettre M Jean-Claude Dardelet, président d’AATM, qui multiplie les campagnes de promotion pour Noël en Allemagne, en Espagne, en Italie et au Royaume-Uni. Si l'on atteint 25 % de visitorat exogène, l'estimation des retombées économiques varie entre 9 et 10 M€ pour la métropole. » Dans le Tarn, celles-ci ont été chiffrées à 11 M€ sur trois ans. À quinze jours de l’ouverture du festival, l’office de tourisme de Haute-Garonne enregistre des pré-réservations de 208 autocaristes équitablement réparties entre décembre et janvier prochains, principalement en provenance d'Espagne. « À raison de 50 personnes par autocar, cela fait déjà 10 000 personnes, calcule le président d’AATM, qui compte aussi sur la présence des Toulousains. Nous avons aussi une forte demande des entreprises locales qui souhaitent organiser leur fête de fin d’année sur le site. »
Transformer la reprise de cet été
Avec le Festival des Lanternes, Toulouse veut aussi attirer pour la première fois des touristes en pleine saison hivernale. Et redonner du souffle au secteur en faisant de la Ville rose un camp de base pour ces visiteurs qui pourraient rayonner sur plusieurs sites intra et extra-muros. En capitalisant sur cet événement, l’office espère transformer la reprise amorcée cet été, à nouveau constatée pendant les vacances de la Toussaint, en véritable rebond. « L’été 2021 a vu les chiffres du tourisme tutoyer ceux de l’année record qu’était 2019, les vacances de la Toussaint les ont dépassés », confirme encore le président de l'agence. L'office de tourisme estime ainsi que le nombre de nuitées se situera entre 3 et 5 M cette année (contre 1,5 M en 2020 et 4,9 M en 2019). À la Cité de l'espace, la dynamique de cet été (120 000 visiteurs, contre 110 000 en 2019) s'est confirmée à la Toussaint (33 000 visiteurs contre 30 000 en 2019) grâce à « un gros travail d'agilité des équipes pour coller aux attentes du public, qui se passionne pour l'actualité spatiale liée à Thomas Pesquet mais aussi aux vols habités, aux missions vers Mars, etc. », analyse Jean-Baptiste Desbois, directeur de la Semeccel, gestionnaire de la Cité de l’espace. Attention toutefois à l'effet trompe-l'œil car « notre saison n’a débuté que le 19 mai. En 2019, nous avions accueilli au total 400 000 visiteurs. En 2020, c’était 171 000. Cette année, nous devrions être quelque part entre les deux… »
Du côté du musée Aeroscopia (Blagnac), on se montre un peu moins optimiste, en tablant sur 75 000 visiteurs cette année, contre 78 900 en 2020 et 170 000 en 2019. Son exploitant, la société Manatour, qui gère aussi les visites d'Airbus, constate notamment que les groupes (8 % de la fréquentation globale actuelle, contre 20 % d'ordinaire) peinent à revenir. Le Festival des Lanternes permettra-t-il d'attirer à nouveau cette clientèle ? Probable, selon Pierre-Olivier Nau, président de Manatour et du Medef 31, qui regrette cependant que cet événement « n'ait pas favorisé davantage le principe d'une coopération avec l'écosystème touristique du nord-ouest toulousain. Un festival qui veut durer doit se dérouler en collaboration avec tous les acteurs locaux. »
