Politique, PLUIH, LGV, Tour Occitanie… Moudenc se confie
Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse et président de Toulouse Métropole, avait fixé ce déjeuner avec la presse avant l’annonce de la venue d’Édouard Philippe. Le rendez-vous (ce mercredi 6 juin, au Capitole) a été maintenu, et ponctué par deux heures d’échanges à bâtons rompus. Morceaux choisis.
Moudenc, LR ou LREM ? À moins de deux ans des municipales, et s’il n’est pas candidat déclaré à sa réélection, l’élu a joué sur les deux tableaux. « Avec Édouard Philippe (ex-LR, devenu LREM), on vient tous deux de l’UMP. On est de la même mouvance, centriste - lui gaulliste et moi démocrate-social, c’est la seule nuance, mais qui nous donne à tous deux une tendance modérée. Et nous sommes tous les deux des maires, lui avant au Havre, moi à Toulouse, avec le goût pour une action qui va au-delà des positions partisanes. Je ne suis pas à l’élection municipale. Ce n’est pas mon rôle. Je veux conduire l’action métropolitaine et municipale jusqu’au bout, jusqu’au dernier jour du mandat. Notre projet est très ambitieux, j’en rappelle le nom « Nouvel élan pour un Toulouse ».
Jean-Luc Moudenc a affiché des distances avec LR, même s’il est « à jour de ses cotisations », en insistant sur sa fibre européenne et une position de rassembleur. « Le rassemblement, à Toulouse, est déjà en place. La majorité va de la droite souverainiste jusqu’au Modem, avec une moitié d’élus issus de la société civile. La liste victorieuse de 2014 ne comptait que 17 élus UMP sur 53 élus. Une ville ne doit pas être prisonnière d’un parti, fusse le parti du maire. C’est ce qui m’a toujours différencié du PS. »
Moudenc et Les Républicains : « Une ligne politique nationale qui n’est pas la mienne. » « J’ai de bonnes relations avec les élus LR toulousains. C’est l’essentiel. La ligne politique nationale des Républicains n’est pas la mienne. Je suis un homme du centre, un européen convaincu. Je ne veux pas un affrontement binaire, où on se fait la guerre du matin au soir et du soir au matin, dans une simplification du débat assez effrayante, dans un manichéisme. J’ai démissionné de mon mandat de député dès le 10 avril 2014. Je voulais dépolitiser le mandat de maire. Et j’ai laissé la présidence départementale des Républicains à Laurence Arribagé. J’ai largué les amarres sur la politique nationale, mais je reste fidèle à ma famille politique. Les militants sur le terrain font un gros travail, je ne vais pas leur tourner le dos. LR s’est habitué à mon indépendance. Ils savent que ça serait vain d’espérer de moi un engagement partisan. Les Français sont fatigués des postures, des discours convenus. Les gens sentent que des politiques ne disent pas ce qu’ils pensent en tribune. Casser le clivage traditionnel est un apport d’Emmanuel Macron. »
Son positionnement politique en vue des élections européennes de 2019. « Avec Les Républicains d’aujourd’hui, on ne sait plus trop la ligne européenne. J’ai toujours été pro-européen, favorable à des mutualisations de souveraineté. Laurent Wauquiez (patron des Républicains, NDLR) tient des propos eurosceptiques, dans la lignée du parti conservateur britannique. Veut-il vraiment en faire une ligne officielle ? Je n’en suis pas sûr. S’il faisait cela, ça serait d’une gravité exceptionnelle. Jamais je ne soutiendrai de ligne eurosceptique. Je ne suis pas eurobéat pour autant. Soit on dit que l’Europe doit corriger ses défauts, tout en maintenant l’unité européenne, soit on dit qu’on n’en veut plus, comme l’Italie, et on fait croire au peuple que dans le monde d’aujourd’hui, on peut s’en sortir tout seul. »
Toulouse en chantier (Victor Hugo, Jean Jaurès…). « Nous sommes actuellement au pic des chantiers ouverts. À partir de juillet, il y aura une décrue : Linéo, places du Busca et du Salin… Le respect du calendrier est le seul qui me mobilise. »
Contractualisation de la Ville et de la Métropole de Toulouse avec l’État sur la maîtrise de la hausse des dépenses de fonctionnement. « Personne ne nous force la main. Je la signe parce que je suis pour. La contractualisation est une idée lancée par les élus locaux, bien avant la constitution de l’actuel gouvernement. Un rapport datant de 2014, signé par Alain Lambert et Martin Malvy, va en ce sens. Les baisses de dotation ont été très mal vécues par les collectivités. Mieux vaut maintenir nos ressources en nous demandant d’économiser sur les dépenses de fonctionnement. Je préfère cela à une baisse des dotations, et donc des recettes. La méthode de la contractualisation nous oblige à nous challenger, à nous remettre en cause, à revisiter des choses qui se sont empilées au fil du temps. Le dispositif doit être encore revu, via l’intégration technique d’éléments de pondération - pauvreté, croissance économique, croissance démographique. »
LGV Bordeaux-Toulouse : « des résistances très fortes dans la technostructure de l’État. » « Le ministre des Transports de l’époque, Alain Vidalies, m’a dit avoir signé les arrêtés de DUP (déclaration d’utilité publique, NDLR) contre la SNCF et l’administration elles-mêmes. J’ai vécu durement les déclarations de l’exécutif, le 1er juillet 2017 (sur la priorisation absolue pour le réseau ferré existant, NDLR). Depuis, notre projet est revenu en haut de la pile, avec certes un séquençage. De plus, le conseil d’État a rejeté tous les recours. Et nous avons formulé auprès de Bercy des contre-propositions portant sur le financement (ce que demande le gouvernement : « Si nous voulons construire de nouvelles lignes, le cofinancement doit venir de l’État et des collectivités locales », a déclaré Elisabeth Borne, ministre des Transports, le 28 mai devant l’association des journalistes des transports et des mobilités). Après, il faut rester vigilant, car au-delà des politiques, c’est la technostructure qui décide. Et il y a dans la technostructure de l’État des résistances très fortes. Nous avons pour la LGV Bordeaux-Toulouse une somme d’arguments, déjà exposés au chef de l’État, collectivement, avec Carole Delga (présidente de Région), Jean-Louis Chauzy (Ceser Occitanie), Georges Méric (président du CD 31), Martin Malvy (ex-président de l’ex-Région MP) et moi-même. »
Naming du Stadium : « pas abandonné ». « Le naming sera lancé par la Métropole et le TFC, selon une répartition à définir. Cela dépendra qui des deux trouvera le partenaire. Nous sommes sur le point de trouver un accord pour le loyer actuel (montant actuel : 9800 €/match). Le loyer actuel est le plus bas de la L1 et il est plus bas que certains de L2. L’une des pierres d’achoppement est aussi la gestion de la buvette lorsque le Stade toulousain joue au Stadium. La convention avec le TFC expire en 2020. La nouvelle mouture est en cours de rédaction. Elle sera présentée lors du prochain conseil métropolitain. »
Stade toulousain : « Le modèle économique actuel est-il le bon ? » « Au bout d’un an de présidence Lacroix, je constate trois choses : l’ambiance en interne a changé en bien, les gens reviennent au stade et les résultats sportifs s’améliorent. La question de l’équilibre financier reste posée. Le stade est propriété de l’association des anciens. C’est un modèle original. La question qui se pose : ce modèle est-il toujours le bon, ou faut-il faire bouger les lignes ? On (Ville et Métropole, NDLR) fera ce qu’on peut pour aider le Stade toulousain, j’ai d’ailleurs mis un foncier situé à proximité dans le cadre de l’appel à projets urbains innovants « Dessine-moi Toulouse » pour valoriser l’ensemble. Mais il est vain pour le Stade toulousain d’espérer des augmentations de subventions. »
Tour Occitanie : « Une réception en 2022. » « J’ai passé il y a deux semaines deux heures et demi d’audition devant la CNPA, composée d’environ 30 membres (architectes, spécialistes du patrimoine). La CNPA doit rendre son avis sous peu. Nous avons eu des échanges sur l’environnement du projet, sur Teso (ToulouseEuroSudOUest). J’attends de la CNPA qu’elle donne des prescriptions sur les futurs projets de Teso. Car le Canal du Midi sera toujours là, et on ne va pas aller, permis par permis, aller devant la CNPA. Je souhaite que la CNPA nous donne des contraintes, des normes, voire des méthodes, que tous les opérateurs intègreront via un cahier des charges. Concernant la tour Occitanie (promoteur : Compagnie des Phalsbourg, NDLR), nous espérons un démarrage du chantier au 2ème semestre 2019, pour une réception en 2022. C’est un projet situé sur un foncier de la SNCF, qui ne coûtera pas un euro à la collectivité. Ce projet est attendu par les Toulousains, ce sera un poumon économique, qui marquera une nouvelle ambition architecturale. On dit tellement que Toulouse joue petit bras au niveau architectural ! Même Châteaubriand, il y a deux siècles, disait que Toulouse était une ville basse. »
PLUIH : « Densité modérée à certains endroits ». « Le PLUIH (plan local d’urbanisme intercommunal Habitat) en cours d’approbation entrera en vigueur le 1er janvier 2019. Il prévoit des restrictions de droits à construire dans certaines zones, dans une logique de densité modérée. On demande aux promoteurs d’anticiper le futur PLUIH, en allant en-deçà des actuels PLU, en vue du futur PLUIH. Certains promoteurs y vont en force, ou alors ils se modèrent, et attendent le nouveau PLUIH. »










