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Hérault
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Commerce - Artisanat
| 12/06/2020

Pierre Mestre, dirigeant d'Orchestra-Prémaman, défend son offre de reprise

Les deux candidats à la reprise d’Orchestra-Prémaman avaient jusqu’au 11 juin, 18h, pour remettre leur offre améliorée au tribunal de commerce de Montpellier. Resté silencieux durant plusieurs semaines, Pierre Mestre, fondateur et dirigeant d’Orchestra-Prémaman, est désormais prêt à s’exprimer au sujet du plan de cession dont fait l’objet le groupe héraultais, spécialisé dans la conception et la vente de vêtements pour enfants et d’articles de puériculture (CA 2019 : 563,5 M€, Saint-Aunès). Solidité financière, avenir des salariés, pérennité de l’activité… Dans un entretien accordé à La Lettre M, Pierre Mestre passe en revue les grandes lignes de l’offre de reprise qu’il porte à travers NewOrch (New Orchestra).

Pouvez-vous nous présenter l’offre de NewOrch ?
Pierre Mestre :
« Notre offre est meilleure : collective, très bien financée et la plus pérenne pour l’entreprise, annonce d’entrée de jeu Pierre Mestre, soulagé de prendre enfin la parole. Collective tout d’abord car il ne s’agit pas d’un rachat par Pierre Mestre. C’est une offre portée par une cinquantaine d’investisseurs, parmi lesquels les principaux fabricants français de tissus et une trentaine de fabricants étrangers. 41 % du capital de NewOrch sera détenu par ces fabricants, et par les principaux franchisés et cadres du groupe. La famille Mestre aura 38 %, la famille Gotlib, 19 % et les 2 % restants seront offerts à l’ensemble des salariés. »

La solidité financière de l’offre NewOrch a été pointée du doigt par vos opposants, que répondez-vous ?
Pierre Mestre :
« On a dit beaucoup de bêtises : j’ai entendu que nous avions 650 M€ de passif, ce n’est pas vrai. Sur ce montant, il y a 300 M€ environ de créances intragroupe. Reste une dette réelle de 375 M€. Ça reste conséquent, mais en face il y a 375 M€ d’actifs, de stock, de fonds de commerce, de marques, équipements, voitures, machines… Le capital de NewOrch est doté de 10 M€, auxquels s’ajoutent 20 M€ de financements extérieurs, 35 M€ de lettres de crédit et nous avons quasiment 100 M€ de crédits confirmés auprès de nos fournisseurs. Nous avons donc d’importantes capacités de financement. Notre offre prévoit aussi un prix de cession pour Orchestra de 71 M€ (contre environ 35 M€ prévus dans l’offre initiale, NDLR) dont 35 M€ pour le stock, 8 M€ supplémentaires pour les charges augmentatives du prix (acomptes sur commandes futures…), 26 M€ d’engagements pris par l’entreprise et qui seront repris par NewOrch. »

Qu’en est-il pour le nombre de salariés et de magasins conservés ?
Pierre Mestre :
« Nous prévoyons de maintenir 3 769 salariés (2 136 en France et 1 633 à l’étranger, NDLR). Côté magasins, nous garderons en France 144 magasins en succursales, 111 en affiliés et 177 magasins à l’étranger, soit un total de 432 magasins. »*

L’un des points noirs de votre précédente offre, c’est le transfert des activités logistiques de l’entrepôt de Saint-Aunès (130 salariés) vers un autre site à Arras prévu à horizon début 2021, est-ce toujours au programme ?
Pierre Mestre :
« La capacité de l’entrepôt de Saint-Aunès (environ 40 000 m2, NDLR) ne suffit pas pour stocker tout le matériel et les produits d’Orchestra, et avoir plusieurs entrepôts coûte cher. Il est donc toujours prévu de transférer les activités de site vers celui d’Arras (62) mais nous avons trouvé un accord avec Orlog, la société qui exploite l’entrepôt d’Arras, pour que le déménagement ne coûte rien. Orlog a prévu d’investir 3 M€ dans pour la construction d’une machine de tri dernier cri pour traiter tous les magasins d’un coup. De quoi réaliser 3,3 M€ d’économies par an. »

Vous envisagez donc toujours de vous séparer de Saint-Aunès ?
Pierre Mestre :
« J’ai changé d’avis progressivement, je me suis aperçu que cet entrepôt était exceptionnel, proche de l’autoroute, visible, parfaitement équipé, il a toutes les classifications possibles et imaginables pour un entrepôt. Par ailleurs, le foncier se fait rare près de Montpellier. Mais surtout, durant le confinement, les magasiniers et logisticiens de cet entrepôt ont sauvé la boîte. Leur travail a permis de multiplier le chiffre d’affaires de nos ventes en ligne par douze sur cette période. Avec le confinement, nous avons perdu 100 M€ en deux mois. Mais nous avons gagné 20 M€ avec le e-commerce, soit une perte nette de 80 M€. Tous ces efforts fournis par des personnes qui savent qu’elles vont être licenciées, ça me donne la chair de poule. On ne pouvait pas humainement faire comme ça (…) Nous avons un accord avec P3 Logistic Parks (propriétaire de l’entrepôt, NDLR) qui nous permet de ne pas payer de loyer pour l’entrepôt de Saint-Aunès durant un an. Cela nous donne le temps pour trouver un repreneur pour ce site. Nous avons déjà été contactés par une dizaine de groupes (logisticiens, chaînes hypermarchés…) intéressés par ce site, tous pour de la création d’emplois. L’idée étant de ne laisser personne sur le carreau. Nous voulons travailler soit sur de la sous-traitance logistique pour le compte d’autres entreprises, soit sur du partenariat, à voir. »

Orchestra-Prémaman connaît depuis quelques années de nombreuses difficultés qui ont conduit l’entreprise au redressement judiciaire. Pourquoi la situation serait différente avec NewOrch ?
Pierre Mestre :
« Le stock a été réduit, les magasins implantés dans les pays où c’était compliqué ont été fermés (Chine, États-Unis, Canada, Turquie, Russie…, NDLR), ceux qui étaient en difficultés aussi - 70 % des magasins belges, 80 % des magasins espagnols, 25 % des magasins français -…En parallèle, nous avons adapté notre structure à ce nouveau périmètre de magasin. En retard il y a quelques années, nous sommes en avance sur nos confrères dans le digital. NewOrch est une société assainie, digitale, sans dettes et avec des cadres et salariés impliqués. »

Le tribunal de commerce de Montpellier examinera l'offre de NewOrch et celle de son concurrent, Al Othaim (CA : 2 Md€, 200 hypermarchés, 9 centres commerciaux, 60 boutiques, 35 parcs d’attraction, 1 800 salariés, coté sur le Saudi Arabian Stock Exchange, implantations en Égypte, siège à Ryad - Arabie saoudite) le 16 juin.

*Comparativement Al-Othaim prévoit de garder 399 magasins et 3 485 salariés. Sans commenter ces chiffres, Pierre Mestre souligne : « Al-Othaim prévoit dans son offre de reprendre notamment les points de vente du groupe au Maroc. Or il s’agit d’une joint-venture et Al-Othaim n’a pas l’agrément pour la reprendre. Par ailleurs, les dirigeants d’autres filiales, en Grèce par exemple, sont inclus dans l’offre de reprise d’Al-Othaim alors qu’ils nous ont écrit pour nous signifier leur soutien à l’offre de NewOrch. »

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