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Haute-Garonne
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Transports - Logistique
| 24/09/2020

Philippe Crébassa (Aéroport Toulouse-Blagnac) : « Nous perdons de l’argent tous les jours »

Chute du trafic, RH, relations avec les compagnies aériennes, plan de relance, écotaxe… : Philippe Crébassa, président du directoire de l’aéroport Toulouse-Blagnac (ATB), se livre sans détour à La Lettre M.

Quel a été, à ce jour, l'impact de la crise sur l'activité d’ATB ?
Tout d’abord, nous notons que les deux mois d’été se sont mieux déroulés que ce que nous avions anticipé. La demande a été plus importante que prévue, portée par le trafic « affinitaire ». Nos clients avaient besoin de retrouver leurs proches. En revanche, le mois de septembre, malgré une offre conséquente – 20 compagnies aériennes présentes sur la plateforme et 43 destinations (contre 92 auparavant) – n’a pas été à la hauteur de nos attentes. Nous n’enregistrons que 30 % du trafic habituel pour cette période de l’année. Certaines lignes, vers Paris ou d’autres régions de France, fonctionnent plutôt bien. Mais c’est beaucoup plus dur sur les lignes internationales, y compris européennes, à cause des restrictions sanitaires qui sont particulièrement évolutives. Nous imaginons que le trafic restera à ce niveau jusqu’à la fin de l’année.

Quelles sont les conséquences sur votre budget ?
Nous perdons de l’argent tous les jours. La crise rebat les cartes pour tous les acteurs de la chaîne du transport aérien. Nous sommes historiquement positionnés sur une industrie en croissance. Les crises que nous avons vécues auparavant ont toujours été très limitées dans le temps et jusque-là, le trafic mondial doublait tous les quinze ans. Aujourd’hui, pour la première fois, une crise nous enlève toute visibilité pour les cinq années à venir. Par conséquent, les acteurs du secteur doivent revoir leurs modèles économiques. Ils doivent s’adapter à cette nouvelle donne. Tout en rassurant les passagers, en leur redonnant l’envie de voyager, nous devons mieux partager le risque avec les compagnies aériennes.

Justement, quel est l’état de vos relations avec les compagnies ?
Elles sont bonnes. Nous sommes tous dans le même bateau. L’esprit partenarial est très fort et la crise n’empêche pas les nouveaux projets, comme avec Transavia, qui va tout prochainement ouvrir une ligne entre Toulouse et Nantes.

Quels investissements pourrez-vous maintenir, dans le contexte actuel ?
Nous avons presque divisé par deux les montants de nos investissements prévus en 2020, en passant de 47 à 25 M€. Nous maintenons un certain nombre d’opérations, comme la rénovation de la piste 2, pour 13 M€, mais aussi le réaménagement du hall D et le lancement, en octobre, d’un nouveau site internet destiné avant tout aux équipements mobiles, qui inspirera les passagers et les aidera à organiser leurs voyages.

Les aéroports français sont-ils selon vous les grands oubliés du plan de relance ?
Oui, je confirme. L’État a décidé d’aider les aéroports dans leurs missions de sûreté (inspection des passagers, filtrage des bagages, NDLR) et de sécurité liée à l’action des pompiers. Mais ce n’est pas suffisant. Je répète que nous continuons à perdre de l’argent tous les jours, en raison, notamment, de décisions des États qui entravent la reprise du trafic aérien.

Quelles sont les conséquences de la crise sur les ressources humaines de l’aéroport ?
Nous avons placé depuis avril nos équipes (310 personnes au total, NDLR) en activité partielle, à hauteur de 40 % en moyenne. Nous négocions actuellement les conditions d’un éventuel accord d’APLD (activité partielle de longue durée, NDLR). Nous espérons que les discussions pourront aboutir dans les tous prochains jours, car c’est une chance à saisir afin de protéger l’emploi.

L'activité de la plateforme aéroportuaire est intimement liée à celle la filière aéronautique régionale. Quel regard portez-vous sur les plans de relance initiés par l'État et la Région Occitanie ?
Je n’ai pas à commenter les décisions politiques. Mais je remarque simplement l’orientation prise en matière de développement des nouvelles énergies, qui me semble adaptée aux enjeux d’avenir. Il ne s’agit pas de réduire l’activité du transport aérien, mais bien de l’aider à se réinventer afin de continuer à soutenir le développement économique de l’Occitanie et du pays.

L’hydrogène est la technologie choisie par Airbus pour son avion « vert ». Quel rôle pourrait jouer dans ce contexte la future station hydrogène (Hyport), accueillie au sein de l'aéroport Toulouse-Blagnac ?
D’une certaine manière, aux côtés de la Région Occitanie et d’Engie, nous avons été précurseurs. Mais ce n’est qu’une première étape. Cette station aura l’avantage unique au monde de pouvoir desservir à la fois le côté piste et le côté ville. Je souhaite que la coopération se renforce sur l’hydrogène et qu’au travers du plan de relance, nous puissions démultiplier la capacité de cette station afin d’offrir les services d’un pôle énergie complet.

L’instauration d’une écotaxe fait partie des grandes mesures préconisées par les 150 participants de la « Convention citoyenne pour le climat ». Cela vous inquiète-t-il ?
Oui, c’est tout à fait inquiétant. Ce type de mesures, plutôt que d’aider le transport aérien à se réinventer, vient le museler, le condamner. Il est étonnant de voir à quel point l’avion est ciblé par ces préconisations. D’ailleurs, le ministère de l’Environnement lui-même l’a récemment souligné : une telle mesure pourrait menacer jusqu’à 150 000 emplois en France.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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