la lettre M

Languedoc-Roussillon
| 2/02/2021

PGE : la crainte d'une bombe à retardement

63 440 entreprises d'Occitanie ont bénéficié d’un prêt garanti par l’État (PGE) pour un montant de 8,887 Md€. À l'approche du remboursement des premières échéances, face à une crise sanitaire qui dure et aux effets économiques inéluctables, le ministre de l'Économie annonce mi-janvier la possibilité de le reporter d’un an. « Selon nos premiers contacts, la plupart des entreprises vont rester dans le calendrier initial et commencer à rembourser », indique René Alary, président du Comité des banques de la fédération bancaire française de l’Hérault. Tout dépendra du secteur de l’entreprise et de l’état de sa trésorerie, poursuit-il, notant que « les artisans et les professionnels du CHR ont tendance à se saisir de ce décalage ». Ce sera le cas par exemple pour le groupe catalan Roussill’hôtel (hôtels, résidences tourisme, restaurants, spa et golf) : « Nous n’avons pas réellement de visibilité sur nos prochaines réouvertures, explique Xavier Lormand. Notre PGE de 5 M€ nous permet de payer les charges fixes. Sans activité ni chiffre d’affaires, cette mesure nous permet de conserver nos 350 salariés. »

Un report de précaution
Du côté des syndicats patronaux, « notre recommandation est de garder cette épargne de précaution, en tout ou en partie, indique Sophie Garcia, présidente du Medef Occitanie. Rembourser sur quatre ou cinq ans, pour une entreprise viable, cela ne fait pas une grande différence. » Avec un bémol toutefois : « Si les grandes entreprises, entourées d’experts et de services financiers, sont capables de faire des projections, il n’en est pas de même pour les plus petites entreprises, souvent la tête dans le guidon. » Pour Grégory Blanvilain, président de la CPME 34, « dans un an, c'est l’ensemble des dettes de l’entreprise qu’il faudra considérer, pas seulement le PGE, avec un échéancier à long terme. L’impact d’une dette, selon sa durée d’amortissement dans le temps, n’aura pas la même incidence en matière de cotation de la Banque de France ».

Taux d'endettement
« Avec le PGE additionné aux autres lignes de crédit, le taux d’endettement des entreprises va exploser, poursuit Benjamin Chevalier, vice-président de la CPME 34. À tel point qu’il ne leur sera peut-être plus possible de s’endetter davantage pour des investissements à venir. » De fait, pour permettre aux entreprises de réinvestir et se prémunir de défauts de remboursement, certains voudraient transformer les PGE en quasi-fonds propres ou en prêt participatif. « Une excellente idée, estime Pierre Damien Rochette (Rochette industrie, 170 salariés, Béziers). Cela permettrait de réduire le taux d’endettement, indicateur clef des banques. » Cette piste est aussi jugée « très intéressante », par Sophie Garcia : « Avoir une participation publique dans les fonds propres est intéressant car l’investisseur public est plus patient, moins contraignant. Cela peut rassurer les partenaires. Des fonds privés pourraient être aussi intéressés. » Mais le directeur régional de la Banque de France, Stéphane Latouche, l'assure : « Il n’y aura pas de transformation des PGE en fonds propres. Cette option n’est pas prévue. » Des propositions sont attendues courant février.

La rédaction
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