Medtech racheté par l’Américain Zimmer Biomet
L’Américain Zimmer Biomet Holding, leader mondial dans le domaine de la musculosquelettique, acquiert 58,77 % du capital de la société montpelliéraine Medtech, cotée en bourse (NYSE Euronext Paris) depuis novembre 2013 et spécialisée dans les robots chirurgicaux. Ce rachat se fait auprès de Bertin Nahum, fondateur et PDG de Medtech, de Newfund et de certains autres actionnaires. Les robots Rosa Brain et Rosa Spine portent respectivement sur la neurochirurgie et la colonne vertébrale. En début d’année, Rosa Spine a décroché l’homologation, outre-atlantique, de la Food and Drug Administration , lui ouvrant les portes du marché américain. « C’est le plus important marché mondial de la chirurgie de la colonne vertébrale », indique Bertin Nahum.
Dans le cadre de cette opération, trois membres du conseil d’administration de Medtech démissionnent : Frank Yu, Fernando Badano et Éric Briole. Bertin Nahum, actuel PDG de Medtech, prendra la direction du développement des activités robotiques de Zimmer Biomet. Le nouveau site de Montpellier, que Medtech a inauguré en novembre 2014, sera maintenu, annonce Zimmer Biomet, pour accueillir le centre d’excellence des activités robotiques du groupe. Créé en 2002, Medtech est spécialisé dans la conception, le développement et la commercialisation de robots permettant d’assister les chirurgiens pendant leurs interventions. La société emploie 70 salariés, dont 44 en France, et affiche en 2014/2015 un chiffre d’affaires de 6,5 millions d’euros. Medtech dispose déjà, aux Etats-Unis, d’une filiale à Newark (New-Jersey).
Dans le cadre de ce rachat, les actions ont été acquises par Zimmer Biomet à un prix de 50 euros par action, les obligations convertibles à un prix de 50,03 euros par obligation convertible et les bons de souscription d’actions à un prix de 17,17 euros par bon. Une filiale de Zimmer Biomet, entièrement détenue par cette dernière, déposera une offre publique d’achat simplifiée en numéraire visant à acquérir les actions restantes toujours en circulation de Medtech au même prix par action (50 euros). Bertin Nahum, 46 ans, est membre du conseil national du numérique. Fin 2012, la revue canadienne ‘Discovery Series’ l’avait classé 4e entrepreneur high tech le plus révolutionnaire au monde derrière Steve Jobs, Mark Zuckerberg et James Cameron, une distinction qui l’avait propulsé sur le devant de la scène.
Alors qu’il vient de revendre Medtech à l’Américain Zimmer, Bertin Nahum répond à La Lettre M : « Cette cession se fera à 100 %, à travers une OPA qui sera lancée dans les prochains jours. Le prix de l’action (50 euros) est une très belle opération pour les actionnaires de Medtech, leur permettant de réaliser une plus-value d’environ 60 %. Cette cession est un choix assumé. Elle est faite dans l’intérêt de la société, de ses produits. Il y a une vraie complémentarité entre notre savoir-faire technologique, et la présence de feu de Zimmer (17 000 salariés à travers 25 pays) sur nos marchés, notamment aux États-Unis. C’est une société que l’on connaît très bien : en 2006, j’avais déjà vendu le brevet Brigit (chirurgie du genou) auprès d’eux ! On était arrivés à un stade où notre technologie est vouée à grossir rapidement. Devais-je continuer à grandir tout seul ? Tous les groupes s’intéressent à la robotique chirurgicale. Notre concurrent israélien Mazor Robotics vient de se rapprocher du groupe Medtronic. Au bout de 14 ans, une page se tourne certes, je vais en ouvrir une autre, et rester au sein de Zimmer. Je vais piloter les activités à Montpellier (50 salariés), qui sera le centre d’excellence de la branche robotique de Zimmer, avec des moyens financiers conséquents, et des perspectives d’ouverture de marché. »
Faut-il regretter que des pépites françaises soient rachetées en série ? « Chaque situation est différente, tempère Bertin Nahum. Et la question ne se pose pas tout à fait en ces termes. Faut-il raisonner en termes de pérennité d’emplois, et de développement, ou de fanion tricolore flottant sur une société ? Jamais Zimmer n’aurait implanté une de ses branches à Montpellier sans Medtech. Ça fait 14 ans que je me bats, pour créer de l’emploi. J’ai été relativement seul. La société de capital-risque régionale Soridec a mis 10 ans à entrer au capital, et a revendu ses parts il y a trois mois. J’ai un nombre limité d’investisseurs qui se sont intéressés à Medtech, et qui ont mis des sommes modestes. Quand je vois les challenges qui se présentent à nous, ils ne peuvent être surmontés qu’avec plus de capital. La société aurait donc de toutes les façons changé de nationalité, à travers des levées de fonds auprès de fonds étrangers. À partir d’une certaine taille, on ne peut pas développer une société uniquement sur la foi de la compétence et l’énergie d’un dirigeant. Il faut du capital. Si ce capital n’est pas en France, il viendra de l’étranger. Pour rester sous pavillon français, il faut avoir accès plus facilement au capital. Il y a, en France, trop peu de fonds d’investissements pour accompagner, soutenir, et croire aux sociétés françaises. On a déjà fait un miracle, mais on est face de très grosses sociétés, et je ne peux pas rivaliser éternellement avec mon Opinel. »










