Les start-up d'ici interpellent les politiques avant la présidentielle
« L’heure est grave. » À trois semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Rachel Delacour (Zendesk) et Olivier Reynaud (Teads) interpellent, ce 30/3 à Montpellier, les politiques, pour demander une place plus importante du numérique dans les programmes. « Le numérique est perçu en France comme vertical (discipline à part, NDLR), alors qu’il devrait être horizontal et infuser dans tous les secteurs. Il ne faut pas un ministère du numérique, mais du numérique dans tous les ministères ! », explique Olivier Reynaud.
France Digitale a présenté ses revendications et recueilli les positions des candidats (seul Emmanuel Macron étant présent, les autres étant représentés), cette semaine au théâtre des Variétés à Paris.
Après avoir sillonné la France, à la rencontre des entrepreneurs du numérique, France Digital dégage trois axes :
- réparer l’ascenseur sociale en saisissant les opportunités de croissance.
- transformer l’économie en encourageant la prise de risque : compte entrepreneurs investisseurs, etc
- repenser l’État et l’Europe dans une logique de plateformes - accès des start-up à la commande publique par exemple.
Rachel Delacour alerte sur, d’après elle, « le gap très fort entre les politiques et la lame de fond qui se passe dans la société. Il y a beaucoup de chômage chez les jeunes, mais des start-up ont du mal à recruter. Les politiques n’ont pas pris la mesure de ces changements ». Il s’agirait d’ « acculturer les élites politiques au monde numérique, avec une French Tech Academy. Le but est de ne pas rester entre soi. Le numérique peut aider à lutter contre la montée des extrêmes. Il doit être accessible à tout le monde. Des gens ne savent pas se servir d’un ordinateur : c’est grave ! Et trop de personnes n’ont pas de connexion Internet. Ce n’est pas un petit problème. Pourtant, lors du débat télévisé qui a duré 3h30, il n’y a pas eu une seule minute sur le digital. Il faut aller plus loin dans l’approche du numérique, par rapport à la population et aux autres pays. 30 % des gens sondés ne savent pas ce qu’est une start-up, alors que celles-ci poussent l’industrie classique. » Olivier Reynaud propose de créer un « Bac N, comme numérique. Ça serait génial pour la jeunesse, et il y a urgence ».
Apprendre à apprendre
Rachel Delacour poursuit : « C’est très compliqué de recruter des ingénieurs, car ils sont encore en Bac + 5, obtenu par la voie classique. On a besoin de codeurs, on n’a pas besoin de Bac + 5 ! »
Cette militante du numérique regrette que « les règles changent trop en cours de route. Je tire une vraie sonnette d’alarme. Le numérique est un enjeu sociétal, économique, pour un pays prospère ».
Le numérique, une menace pour les emplois ? « Le Japon est très robotisé et a moins de chômage qu’en France. Les deux ne sont pas corrélés », répond-elle.
Si elle concède le qualité de l’écosystème français (pépinières, French Tech, Bpifrance…), Rachel Delacour souhaite une stratégie plus large de l’État en matière numérique, prenant exemple sur son propre business. « Je suis en Saas (paiement par abonnement). Ma société ne peut pas rentrer dans les commandes publiques, car l’État doit être propriétaire de ce qu’il achète. Or, toute l’innovation est sur de la location, sur de l’abonnement ! »
Elle prône le modèle scandinave, dans lequel « on apprend à apprendre. C’est ainsi que les nouveaux métiers s’imposent : data scientist, traffic manager… On a besoin de cerveaux qui sont câblés pour apprendre à apprendre. Ça donne des ressources. La France n’a pas ce type d’approche. »










