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Lozère
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Industrie
| 11/12/2018

Les jeans Tuffery misent sur le chanvre et laine

Sortir du joug du coton, en utilisant les fibres locales naturelles telles que la laine et le chanvre. C’est l’objectif de Julien Tuffery, dirigeant d’Atelier Tuffery, fabricant de jeans basé à Florac, en Lozère. « Le coton représente encore 80 % de nos matières premières, explique-t-il. Nous ciblons 50 % dans cinq ans, et une utilisation exclusive de matières locales dans quinze ans. » L’idée, pour celui qui incarne la quatrième génération de cette PME familiale de 13 salariés, est de sécuriser l’approvisionnement à long terme, « quand le coton ne sera plus supportable, écologiquement, pour la planète », de capter une demande croissante des consommateurs urbains et de « donner du sens » au sein de l’entreprise, en tissant des liens avec des acteurs de proximité. Atelier Tuffery s’approvisionne en chanvre auprès de la coopérative lotoise Virgo Coop et de fournisseurs européens. Pour la laine, le territoire est un beau terrain de jeu : éleveurs et tondeurs de laine du causse Méjean, filateur, laveur de laine, tisseur de toile dans le Tarn ou la Haute-Loire… Les rouleaux arrivent à l’atelier de Florac ou aux ateliers partenaires, en France. « Comparé au coton, qui fait plusieurs fois le tour du monde, il n’y a pas photo en termes de bilan carbone », tranche Julien Tuffery. La démarche a nécessité 150 k€ de R&D, en lien avec les établissements Plo à Aussillon, dans le Tarn : essai sur les typologies de fils, tests de résistance, méthodes de tissage, équilibre entre résistance et confort, prise de coloration. 1 200 mètres de toile de chanvre ont ainsi été commandés cet été. La démarche cible une clientèle aisée : le jean fabriqué avec du chanvre coûte jusqu’à 220 €. « Mais les fibres sont de grande qualité - thermique, résistance, confort et esthétique -, et le produit peut durer une décennie. Et on aime ce côté végétal, rustique et imparfait », décrypte le dirigeant. Environ 10 % des recettes sont reversés aux fournisseurs locaux.
La société détaille cette stratégie sur son site Internet, avec une web série de quatre épisodes, où le projet est décrit sans filtre : les propriétés des toiles, la tonte du mouton, « et aussi les difficultés rencontrées et une plongée dans le monde rural, dont sont friands les urbains », sourit Julien Tuffery.

20 % à l’export

Atelier Tuffery pourrait intégrer d’ici à 2020, sur 400 hectares de terre agricole qui lui appartiennent, la culture du chanvre et sélectionner des races de mouton appropriées pour la gestion de la laine, en complément des partenariats initiés. La PME aura fabriqué en 2018 environ 12 000 pièces, pour un chiffre d’affaires de 1,2 M€, dont 20 % à l’export. L’activité devrait être multipliée par cinq d’ici à 2023, via un renforcement des collaborations avec les ateliers partenaires et un million d’euros investis dans le doublement de la superficie des installations (de 600 m2 à 1 200 m2) à Florac. Principal frein au développement : la recherche de compétences. « Nous formons nos salariés, et il faut un an pour sensibiliser à la polyvalence des postes : 90 gestes sont requis pour confectionner un jean », conclut Julien Tuffery.

Hubert Vialatte / vialatte@lalettrem.net
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