Le coworking promis à un bel avenir à Toulouse ?
L’heure est au télétravail. Cette organisation a semble-t-il convaincu salariés et managers. Une aubaine pour les espaces de coworking toulousains ? Pas si simple. Selon une enquête menée par France Tiers-Lieux, 80 % d’entre eux risquent une fermeture à court ou moyen terme. Si certains sont restés ouverts, la crise les a frappés de plein fouet avec une perte globale de chiffre d’affaires estimée à 111,5 M€ cette année pour les 2 000 tiers-lieux du territoire. À Toulouse, chez HarryCow, 80 % des résidents ont conservé leur espace mais le taux d’occupation était seulement de 20 % pour les nomades à fin mai. « Il y a une certaine timidité pour l’instant, même chez les habitués. Des demandes commencent à revenir mais c’est fragile. La partie séminaire va forcément souffrir, alors que c’est un axe important pour nous. C’est un peu stressant », reconnaît son cofondateur Benoît Lafourcade. « Sur le court terme, c’est compliqué, car nous sommes l’antithèse de la distanciation sociale », ajoute Sébastien Hordeaux, fondateur d’Etincelle Coworking. Nordine El Ouachmi, président du Montpelliérain BuroStation (implanté à Toulouse sous la marque Bureaux&Co), voit quant à lui cette crise comme « un crash test » et souligne que les lieux trop associatifs, dont le modèle économique n’est pas assez solide, seront les plus touchés. « Je pense qu’il y aura moins d’acteurs qu’aujourd’hui mais le coworking va continuer à se développer », analyse Marc Delpoux, directeur régional Sud-Ouest de BNP Paribas Real Estate.
Une réponse aux besoins de flexibilité
Sous son label Tiers-Lieux Occitanie, la Région recense 80 espaces de coworking ou fablabs sur le territoire, dont une quinzaine sur l’agglomération toulousaine. Mais ce modèle est bien plus développé que cela dans la Ville rose, comme en attestent les 32 espaces répertoriés par BNP Paribas Real Estate. Malgré les inquiétudes qui pèsent sur le secteur, le spécialiste de l’immobilier d’entreprises croit fortement au développement du coworking. « C’est une réponse adéquate aux besoins de flexibilité. Et ces lieux se sont adaptés plus facilement à la problématique sanitaire », indique Marc Delpoux. Il observe d’ailleurs une forte reprise des transactions depuis l’annonce du déconfinement. « Sur Toulouse, les acteurs majeurs ont du mal à s’implanter du fait du manque d’offre en centre-ville. Mais il y a beaucoup de petits centres qui se sont créés. Leur avenir est en suspens, les mois qui arrivent le diront. Mais chez un acteur comme IWG (Régus), qui va prochainement ouvrir un espace de 2 000 m2 à Ramonville, les sites offrent peu de disponibilités », poursuit-il. Bureaux&Co, marque de BuroStation, vient ainsi d’ouvrir un espace et cherche à se développer. « Nous visons 15 000 m2 et une dizaine de site à Toulouse », assure Nordine El Ouachmi, dont le modèle privilégie les petites surfaces de 15 à 50 m2 que l’on met à disposition des TPE PME et grands groupes. À long terme, Sébastien Hordeaux et Benoît Lafourcade sont eux aussi optimistes. « Je suis plutôt confiant. Nous avions déjà une clientèle importante qui avait goûté au coworking et l’avait validé. Le travail à domicile ayant ses limites, le tiers-lieu permet de rompre l’isolement et de séparer la vie professionnelle et la vie privée », rappelle le fondateur d’Etincelle Coworking, qui croit en un changement dans la façon de manager en entreprise. Pour le créateur de HarryCow, au-delà de l’aspect environnemental, c’est aussi une solution économique. Alors qu’il a investi 150 k€ dans une extension juste avant le confinement, il est persuadé que ces lieux peuvent « permettre aux entreprises d’économiser sur les locaux et les charges fixes ».
