Le commerce avec le Royaume-Uni perdure mais se complique
Malgré l’accord de commerce et de coopération signé le 24 décembre entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni, le Brexit, entré en vigueur le 1er janvier, n’est pas sans conséquences pour les entreprises de la région Occitanie.
« Pour l’heure, les seules tensions que nous ressentons se situent au niveau de la supply chain », note Raphaël Tirat, directeur du cabinet de conseil Expandys basé à Londres. Mais dans l’ensemble « il n’y a pas eu de gros blocage chez les entreprises exportatrices de la région », ajoute Gérald Petit, directeur interrégional Grand Sud-Ouest (Nouvelle-Aquitaine et Occitanie) pour Business France, rappelant que « l’accord signé garantit des échanges commerciaux sans droits de douane ni quotas, ce qui simplifie nettement les relations courantes ». En effet, selon les exportateurs de fruits, « tous les camions sont arrivés à destination, mais parfois dans la douleur », témoigne Christophe Belloc, président du groupement commercial montalbanais Blue Whale.
La cave coopérative Les Costières de Pomerols (25 M€ de CA - 34) qui exporte 50 % de sa production dont la moitié vers le Royaume-Uni, ne s'attend pas à rencontrer trop de difficultés, selon son directeur, Joël Julien. « Nous exportons déjà vers les États-Unis et la Chine par exemple. On sait faire. Cela nous prendra surtout plus de temps, avec un léger coût additionnel ». Il estime que ce sont les entreprises viticoles qui n’ont jamais exporté vers des pays tiers – c’est à dire hors Europe – qui seront les plus impactées avec la nécessité de se former à de nouvelles formalités douanières.
Des lourdeurs administratives
« De nouvelles contraintes, dont certaines sont loin d’être anecdotiques comme la déclaration en douane obligatoire ou les nouvelles réglementations en termes d’étiquetage et d’emballage » apparaissent, reconnait Gérald Petit. Un constat que partage le président de Blue Whale, qui exporte chaque année 40 000 tonnes de pommes vers le Royaume-Uni, son premier marché à l’export. « Nous nous étions préparés au Brexit et nous sommes déjà habitués à exporter et pourtant, nous avons eu quelques surprises en début d'année », admet Christophe Belloc. Des camions de livraison ont ainsi été immobilisés à la frontière britannique pour défaut de certificat de conformité de la DGCCRF. « L’Angleterre ne la demande pas, mais il s’agit d’une obligation de l’Union Européenne. Nous allons demander qu'elle soit supprimée. » Autres difficultés actuelles et à venir évoquées par Christophe Belloc : l’homologation d’une seule palette de transport dont il faudra s’assurer que les stations fruitières soient équipées, les complications potentielles en cas de refus de marchandises de la part d’un client, la possibilité de voir modifiée au 1er avril la réglementation phytosanitaire, ou encore un futur agrément Bio à venir en juillet prochain.
Le secteur médical devrait lui-aussi faire face à de nouvelles lourdeurs administratives. « Le Royaume-Uni va mettre en place progressivement son propre processus de certification, encadré par la MHRA (Medicines and Healthcare products Regulatory Agency). Dès lors, un fabricant qui voudra faire certifier et commercialiser un dispositif médical sur le sol britannique devra pouvoir justifier d’une représentation locale. Autrement dit faire appel à un distributeur ou un cabinet spécialisé comme le nôtre, voire embaucher quelqu’un sur place, avec forcément un surcoût à la clé, qu’il faut anticiper », prévient Raphaël Tirat
Surcoûts
Le groupe toulousain Airbus, implanté dans vingt-cinq sites en Grande-Bretagne où il emploie quelque 14 000 personnes et réalise l'essentiel de ses ailes d'avions, avait lui-aussi anticipé le Brexit. Depuis septembre 2018, Airbus travaille étroitement avec ses fournisseurs et partenaires afin de stocker des pièces et de préparer ses systèmes douaniers et réglementaires. Jusque-là, l'impact du Brexit sur les opérations de l'avionneur a été « minime des deux côtés de la Manche », indique une source proche. Mais le groupe est encore actuellement en train d'analyser les conséquences de moyen et long terme de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne sur ses activités.
Car au-delà les lourdeurs administratives, le Brexit pourrait coûter cher aux entreprises françaises. « Nous estimons que le surcoût lié au Brexit pourrait s’élever à 200 000 € par an pour Blue Whale, qui répond chaque année à 18 000 commandes et envoie 2 000 camions vers l'Angleterre », indique Christophe Belloc. Le président du groupement commercial envisage d’ouvrir une filiale en Angleterre et d'y acquérier un entrepôt. « L’idée serait d’exporter de gros volumes vers notre entité britannique, afin de ne régler qu’une seule fois les procédures administratives et les coûts. C’est elle, ensuite, qui effectuerait les livraisons auprès de nos clients ».
Un marché toujours prioritaire
Il faudra en effet que les entreprises de la région Occitanie fassent preuve de souplesse et d’ingéniosité pour rester compétitives sur le marché britannique. « Ce pays ne va pas cesser d’importer et d’exporter, bien au contraire, assure le directeur du cabinet de conseil Expandys. C’est un marché qui reste énorme à l’échelle européenne, avec un pouvoir d’achat élevé mais qui bouge beaucoup et très vite depuis sa sortie, il y a deux ans, d’une phase de dix ans d’austérité. Les Britanniques sont habitués à avoir le choix, à changer de fournisseur facilement et cela va sans doute s’accentuer avec la sortie de l’Union européenne donc il faudra en tenir compte. Pour de nouveaux entrants, cela constitue une formidable opportunité mais pour des acteurs installés, cela peut être synonyme d’instabilité ».
En 2020, la valeur des exportations depuis l’Occitanie vers le Royaume-Uni s’élevait à plus de 2 Md€, faisant de ce pays son cinquième marché à l’export, derrière l’Allemagne, l’Espagne, la Chine et les États-Unis.










