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Région Occitanie
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Education - Formation
| 1/07/2020

L'apprentissage menacé par la crise

Versement d’une aide financière exceptionnelle à l’embauche d’apprentis pour toutes les entreprises, prolongation du délai de signature du contrat, etc. Le gouvernement prend de nouvelles mesures pour encourager le recrutement de salariés en apprentissage, menacé par la crise économique qui sévit en France. Mais cela sera-t-il suffisant ? Réactions en région Occitanie.

À la rentrée 2019, on recensait plus de 38 300 apprentis dans la région Occitanie, soit une hausse de 5,3 % par rapport à l’année précédente. Mais qu’en sera-t-il en septembre prochain, alors que l’horizon économique s’assombrit de plus en plus dans l’Hexagone ? « La crise sanitaire et la crise économique qui en résulte ne doivent pas se traduire dans les prochains mois par une crise de l’apprentissage. Il en va de l’avenir de la jeunesse de France comme de celui du secteur de l’artisanat, première entreprise de France », alerte le réseau des Chambres de métiers et de l’artisanat.
La fédération nationale des associations régionales de directeurs de centres de formation d'apprentis (Fnadir) tire elle aussi la sonnette d’alarme, estimant entre -20 et – 30 % la baisse des effectifs dans les CFA en septembre, voire plus dans des secteurs comme le BTP, la métallurgie ou le commerce. Une situation d’urgence qui a conduit le Gouvernement à lancer, début juin, un plan exceptionnel de relance de l’apprentissage, qui devrait mobiliser près d’un milliard d’euros. « Dans le contexte actuel, il faut se féliciter du plan de soutien de l’apprentissage qui évite à nos jeunes la double peine d’une dette aggravée record et à qui nous restreindrions l’accès à un ascenseur social parmi les plus performants », estime Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie.

Aide financière et délai de signature de contrat étendus

Parmi les mesures annoncées : l’élargissement de l’aide financière au recrutement d’un apprenti. D’un montant allant de 5 000 à 8 000 € (en fonction de l’âge du jeune) contre 4 125 € au maximum pour l’aide unique à l’apprentissage en vigueur depuis 2019, cette enveloppe sera accordée à toutes les entreprises (sous certaines conditions pour celles comptant plus de 250 salariés) qui embauchent un apprenti préparant un diplôme jusqu’à la licence professionnelle. « Pour nos TPE-PME du bâtiment qui ont de grosses difficultés de trésorerie aujourd’hui, cette aide peut être décisive, même si, la clé de tout, c’est la relance de l’activité », juge Frédéric Carré, dirigeant du groupe Carré (métallerie et menuiserie aluminium, 200 salariés, siège à Tournefeuille - 31) et président de la FFB Occitanie. Il salue aussi l’autre annonce majeure du plan, qui mériterait selon lui d'être pérennisée : la prolongation à six mois (contre trois mois en temps normal) du délai accordé aux jeunes pour trouver une entreprise avec laquelle signer un contrat d’apprentissage. « C’est une très bonne chose, confirme Thomas Fantini, fondateur du groupe toulousain Esprit Pergo (restauration, snacking, traiteur, 80 salariés) et nouveau vice-président du centre de formation d’apprentis (CFA) commerce et services de Blagnac au nom du Medef 31. Nous allons d’ailleurs réfléchir à une optimisation de ce temps passé par les jeunes en CFA pour qu’ils soient plus disponibles pour les entreprises ensuite. » Pour l’heure, il constate tout de même un certain attentisme côté entreprises, malgré les annonces du gouvernement : « Les décisions se prendront sans doute tardivement car on manque tous de visibilité et la crainte d’un reconfinement est réelle. »

Quelle compréhension du dispositif ?

Un autre facteur peut expliquer cet attentisme, selon Jean-Marc Oluski, président du groupe RH Partners (Montpellier) et mandataire du Medef régional au Crefof (Comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles) Occitanie. « Le dispositif présenté est bon mais, dans le flot actuel de nouvelles mesures d’accompagnement, les entreprises ont peut-être du mal à le comprendre. » Président de la 3e commission du Crefop, dédiée à l’anticipation des besoins en compétences des entreprises, il annonce le lancement imminent d’une campagne régionale ciblée de promotion de l’apprentissage, basé sur une étude d’impact, menée actuellement par le Carif-Oref, pour identifier les besoins immédiats des entreprises, en particulier dans les TPE-PME. « Le travail qui est fait en Occitanie, au niveau du Crefop, est assez unique en France. Tout le monde est autour de la table (représentants de l’État, de la Région, des partenaires sociaux, des réseaux consulaires et des principaux opérateurs : enseignement supérieur, Pôle emploi, Apec, Agefiph, Transitions Pro, Carif-Oref…, NDLR), mobilisé dans le cadre de ce plan de relance. »

Les grandes écoles, « oubliées » du plan

Un bémol cependant du côté des grandes écoles, qui se disent oubliées de ce dispositif. « La prime, mesure-phare de ce plan, se limite aux formations de niveau licence, le gouvernement estimant que les niveaux Master ne seront pas les plus impactés par le coup de frein », regrette Bruno Ducasse, directeur général de Montpellier Business School. La grande école de management enregistre à ce jour une baisse de 40 % des signatures de nouveaux contrats d’apprentissage (1 000 par an en moyenne sur un total de 3 200 étudiants) par rapport à la même époque l’an dernier. « Étendre la prime aux apprentis de niveaux Master aurait certes nécessité une rallonge budgétaire – de l’ordre de 300 M€ - mais combien cela coûtera-t-il à la France si tous ces jeunes arrêtent leurs études faute de trouver une entreprise pouvant les aider à financer leur scolarité ? » Un argument repris par les sénateurs de la commission des affaires économiques qui ont présenté, le 24 juin, une série de « 170 mesures pour remettre l’économie française sur les rails ». Parmi ces mesures : l’élargissement du niveau et des conditions d’éligibilité de l’aide à l’embauche à la disposition des entreprises car « les contrats non-signés en 2020 représenteront autant de compétences en moins pour les années à venir ».

Aline Gandy / gandy@lalettrem.net
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