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Région Occitanie
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Conjoncture
| 18/05/2021

La pénurie de matériaux freine la reprise économique en Occitanie

Bois, acier, matières plastiques… L’arrêt de la production de matières premières durant la crise sanitaire désorganise les filières d’approvisionnement. Un frein à la reprise économique notamment dans le secteur du BTP. « Nous subissons cette situation depuis décembre dernier. Et cette pénurie ne fait que s’aggraver, déplore Frédéric Carré, président de la FFB (fédération française du bâtiment) Occitanie. En cause, la relance plus rapide que prévue de l’activité au niveau mondial. Conséquence directe du manque de matériaux, les prix s’envolent, sans perspective de retour à la normale avant plusieurs mois. « Nous constatons des hausses absolument démesurées et totalement imprévisibles ainsi que des ruptures d’approvisionnement », abonde Daniel Druilhet, président de la FBTP (fédération du bâtiment et des travaux publics) de l’Aveyron. Le représentant des professionnels évoque des hausses de plus de 40 % sur les bois en provenance du Nord de l’Europe et de 25 à 50 % sur les produits aciers. « Nous subissons une hausse de 30 à 35 % des prix du bois, notamment le bois prêt à l’utilisation. Résultat, nous rognons nos marges », confirme Gilbert Campana, dirigeant de l’entreprise audoise Sud Charpente.

Prix en hausse

« Les États-Unis et la Chine achètent plus cher les matières premières pour que leur économie reparte plus vite, explique Alexandre Vachet, président du négociant en matériaux héraultais Union Matériaux pour justifier ces tensions. Nous pilotons à vue et nous nous appuyons sur les [bonnes] relations nouées avec nos fournisseurs pour livrer nos clients dans les temps. « Nos entreprises vont perdre de l’argent. Il est en effet impossible de répercuter ces hausses sur les chantiers en cours, nos tarifs étant non révisables, glisse Frédéric Carré. Les ruptures d’approvisionnement vont également nous conduire à interrompre certains chantiers pour plusieurs semaines avec le risque de devoir placer nos salariés en chômage technique. »
Le représentant régional des entreprises du bâtiment plaide, de fait, pour que les maîtres d’ouvrage publics et privés n’appliquent pas de pénalités de retard. « Ce serait une double peine. Il faut que les donneurs d’ordre comprennent la gravité de la situation que nous traversons. » Concrètement, même si les maîtres d’ouvrages sont compréhensifs, les pénalités commencent à tomber. « Nous avons eu 300 € de pénalité par jour sur deux semaines de retard », pointe Fabien Labbé, dirigeant de Zonca (menuiserie alu - 34). La FFB34 note pour sa part que « la clause de révision des prix et le gel des pénalités en cas de pénurie de matériaux avérée sont des solutions, mais les marchés actuels sont traités à prix et délais fermes ».
Du côté des promoteurs immobiliers, malgré un impact encore limité sur les opérations en cours, les professionnels anticipent déjà les conséquences de cette pénurie : « Si la situation persiste, le coût des travaux devra être réévalué avec un effet direct sur le prix de vente des logements », estime Stéphane Aubay, président de la FPI (fédération des promoteurs immobiliers) Toulouse Métropole. « Il n’y a pas encore de conséquences avérées liées à cette pénurie sur les programmes. La maîtrise d’œuvre s’organise et les entreprises arrivent pour l’instant à absorber les délais, abonde Pascal Brunel, vice-président FPI Occitanie Méditerranée. S’il faut de la résilience à tous les niveaux, ce contexte ne doit pas perdurer car des programmes pourraient alors être décalés. »

L’aéronautique et l’industrie affectés

La problématique de l'approvisionnement en matières premières est également d'actualité dans l'aéronautique, comme le confirme Sylvain Chanal, directeur général de la société toulousaine Esteve (37 salariés, CA 2020 : 3 M€). « Nous allons commencer à avoir des problèmes de ce côté-là, anticipe-t-il. Quand le secteur aéronautique va redémarrer, il y aura probablement des ruptures ou des allongements de cycles d'approvisionnement. » Autre exemple avec le groupe toulousain Actia Même constat dans l’industrie à l’image des difficultés rencontrées par l’ETI toulousaine Actia Group (3 718 salariés) spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes embarqués électroniques.
Déjà fragilisée par la crise sanitaire à l’origine d’une baisse de 16 % de son chiffre d’affaires 2020, elle doit désormais faire face à de nouvelles difficultés liées à la pénurie mondiale de composants (microconducteurs, microprocesseurs…). « Les livraisons effectives ne représentent plus que 5 % de nos commandes fermes », explique son PDG, Jean-Louis Pech, qui n’exclut pas un arrêt momentané de certaines de ses lignes de production au second trimestre et des retards de livraison. Même constat en ex-Languedoc-Roussillon. Au sein de l’usine NTN-SNR Cévennes (30), l’approvisionnement en semi-conducteurs se durcit. L’entreprise Orosys (34) révise la conception de ses matériels audionumériques « en fonction des puces que nous arrivons à trouver, explique Guillaume Pille, le dirigeant. Au-delà du coût, ces modifications de schémas électroniques mobilisent la R&D qui, en attendant, ne développe pas de nouveaux produits.»
Autre effet de la pénurie : « Le prix du produit final, en hausse de 5 à 6 % », complète Samuel Corgne, dirigeant d’Ergosanté (exosquelette-30). Celui-ci dénonce aussi l’impact sur les transports : « les lignes de fret Asie-États-Unis ont été réactivées au détriment de l’Europe. Le coût des transports maritimes entre l’Asie et l’Europe ont bondi de 40 % ». Une seule solution pour le dirigeant gardois : « Il faut maîtriser sa chaîne d’approvisionnement et “sourcer“ localement. » Pour sortir de cette dépendance, « il faut ré-industrialiser en créant des filières courtes. Mais ça va prendre du temps », avance Pascal Brunel. Agnès Jullian, dirigeante de Technilum (mobilier urbain-34) observe cependant que « la pénurie n’a pas suscité de grands élans de relocalisation. C’est bien dommage. »

La rédaction
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