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Aveyron
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Industrie
| 24/11/2021

La fonderie automobile Sam au bord de la fermeture

La sentence est tombée. Ce mardi 23 novembre, en fin de journée, Renault a annoncé, via un communiqué de presse, sa décision. Le constructeur fait le choix de ne pas soutenir l'offre de reprise portée par Patrick Bellity, actuellement patron du groupe Alty et de sa filiale Sifa Technologies, à Orléans, et unique candidat à la reprise de la Sam. Cette fonderie automobile avait été reprise en 2017 par le groupe chinois Jinjiang avant d'être placée en redressement judiciaire en décembre 2019 puis en liquidation judiciaire avec maintien de l'activité jusqu'au 10 décembre.

Vendredi dernier, le tribunal de commerce de Toulouse avait laissé un délai de trois jours à Renault, principal client de la fonderie et clé de voûte de toutes les négociations, pour se prononcer sur le volume d'affaires que le constructeur pourrait octroyer à l'offre de Patrick Bellity. Patron de la Sam pendant 18 ans (jusqu'en juin 2016), ce dernier avait fait une première offre de reprise en juillet, balayée par Renault qui pointait déjà la fragilité financière de cette proposition.

En revanche, la seconde offre qu'il avait déposée comportait des promesses financières de l'État et de la Région Occitanie pour un montant total de 9 M€ sous la forme de prêts et de subventions. Mais, malgré ce tour de table, Renault en a décidé autrement. Au même moment, il choisit de soutenir le plan de reprise d’un autre sous-traitant en difficulté (Alvance Aluminium Wheels, avec ses 280 salariés, basé à Diors, dans l’Indre, repris par le groupe Saint Jean Industries) et annonce son entrée au capital de la société lotoise Whylot.

Des « doutes sur la solidité financière »

« Une analyse approfondie du dossier ne confirme pas les hypothèses de chiffre d’affaires présentées dans cette offre. Une nouvelle fois, comme cela avait été constaté en juillet 2021, cette offre ne présente pas les conditions de pérennité et de sécurité nécessaires pour l’entreprise et ses salariés. Il existe de forts doutes sur la solidité financière, malgré les supports financiers externes envisagés, et les réelles capacités d’investissement et de redressement de Jinjiang Sam par Alty-Sifa », explique le constructeur, qui dit « regretter cette situation » et « mesurer les conséquences de sa décision ». Le groupe assure qu'il « poursuivra le dialogue avec les salariés de Sam afin de leur proposer des solutions alternatives d’emploi au sein de Renault Group ».

Surtout, Renault misait sur un autre candidat : la multinationale espagnole CIE, qui proposait de reprendre 150 personnes. Inacceptable pour les salariés, qui pour protester s'étaient mis en grève. Après trois semaines de mouvement, ils obtenaient de Renault, début mai, par écrit, un engagement jusqu'au printemps 2022 : 40 M€ de chiffre d’affaires et le maintien de 250 emplois, le bureau d’études et les services supports. Dans la foulée, fin juin, les salariés obtenaient le retrait de l’offre de CIE Automotive. Ne restaient alors en lice que deux groupes Trinquier et Alty, ce dernier ayant les faveurs des salariés. Mais les deux propositions ont été écartées en juillet par la cabinet Grand Thorton, mandaté par l'État et les administrateurs judiciaires, car jugées trop fragiles financièrement.

Une réponse qui « condamne l'usine »

« C'est de la foutaise, fulmine Patrick Bellity. Le groupe va envoyer les salariés en Turquie ou en Roumanie ? Vous pensez qu'ils vont aller travailler à Flins ? Je vais passer de l'abattement à la colère. Je n'arrive pas à y croire, surtout quand je vois l'argent dépensé pour venir en aide à Renault. »

L'État, actionnaire minoritaire de Renault, n'a donc pas pu peser dans les discussions. « L'État ne peut pas prendre directement de décision de gestion à la place de Renault », indique Bercy, qui précise que la décision de Renault est motivée par « un montant en fonds propres très limité » dans le cadre de cette reprise.

Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, ne cache pas son indignation. « Nous nous sommes tous impliqués, salariés, élus locaux, Région, État, pour sauver la fonderie et ses emplois. La réponse apportée par Renault est irresponsable et destructrice : elle condamne l'usine et ses activités », regrette-t-elle. La présidente, qui prévoit de se rendre sur le site luni 29 novembre pour rencontrer les salariés, annonce vouloir mettre en place des dispositifs de formation pour les salariés. « Nous poursuivrons le travail mené pour que des projets industriels d'avenir voient le jour sur le territoire. La Région ne vous laissera pas tomber ! »

Nouvelle audience le 26 novembre

La CGT, unique organisation syndicale de la Sam, est « scandalisée ». « Nous avons appris auprès de BFM la décision de Renault hier soir. Les administrateurs judiciaires ne nous ont même pas prévenus. C'est du mépris affiché pour les salariés, leur famille et le territoire », enrage Ghislaine Gistau, déléguée syndicale CGT.

Mais la fermeture de cette fonderie est très sérieusement envisagée. Ce vendredi 26 novembre, le tribunal de commerce de Toulouse, dans son délibéré, fixera une nouvelle date d'audience pour prolonger l'activité pour une durée de trois mois ou pour la liquider.

En attendant, les salariés maintiennent la pression en multipliant les actions. Depuis lundi, l'usine est bloquée. « Nous avons brûlé un moule qui nous appartient. On a envoyé les images à Renault, en guide d'avertissement. La prochaine fois ce sera un outillage qui fonctionne », prévient Ghislaine Gistau.

Le 1er décembre, un rassemblement est prévu devant l'usine.

Anna Thiam / redaction.toulouse@lalettrem.net
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