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Région Occitanie
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Conjoncture
| 4/12/2018

Gilets jaunes : l'impact économique en Occitanie

Les installations de Vinci Autoroutes à Narbonne ont été détruites par un commando dans la nuit de samedi à dimanche.

Un « impact sévère » sur l’économie. Lors d’un point presse donné le 26 novembre, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est inquiété des conséquences économiques du mouvement des Gilets jaunes. Exemples, dans le Gard : à Aimargues, l’accès à l’usine Royal Canin (groupe Mars), dans un premier temps bloqué, est, depuis le 27 novembre, occupé par barrages filtrants plutôt que bloquants. Sur les 140 salariés du site, placés en chômage technique durant plusieurs jours, 40 sont toujours en chômage partiel. Jean-Lin Pelatan, directeur du site de production estime les pertes financières à 10 M€.

D'autres entreprises situées dans la zone industrielle de Royal Canin sont touchées. C'est le cas notamment de Soframa (grossiste alimentaire) et Brico Dépôt (magasin de bricolage). L’accès à l'usine Perrier (Nestlé Waters), à Vergèze, a également été bloquée, même si la relance du transport ferroviaire il y a quelques semaines tombe à pic. Le passage des poids lourds au rond-point de la zone économique de Saint-Césaire, à Nîmes, est obstrué. « 233 entreprises de cette zone et 2 600 salariés sont impactés par ce blocage quotidien », estime France 3 Occitanie le 29 novembre. LCI évoque (le 29 novembre) un chômage partiel qui touche une vingtaine d’entreprises. Et selon France Bleu Gard Lozère​, 900 salariés seraient en chômage partiel, ce qui représenterait 60 000 heures de travail perdues. Dans la zone industrielle de Grézan (à proximité de Nîmes), chefs d’entreprises et salariés ont libéré eux-mêmes le rond-point de la RN100 occupé par les Gilets jaunes (tweets de l’association Actiparc Grézan du 4 décembre). « On peut enfin travailler », conclut le tweet.

À Narbonne (11), un commando d'environ 200 individus a détruit plusieurs installations stratégiques de Vinci Autoroutes, dans la nuit de samedi à dimanche : « péage de Narbonne Ouest, direction régionale (100 salariés, dont six travaillaient au moment de l'assaut) comprenant le PC sécurité régional, ateliers, fourgons et moyens d'interventions », énumère une source proche de Vinci Autoroutes à La Lettre M. Une cellule psychologique a été mise en place pour accompagner les salariés, qui ont perdu « l'intégralité de leur outil de travail ». Pour Vinci Autoroutes, qui a déposé plainte, le préjudice s'élèvera à plusieurs millions d'euros. Sans compter la perte d'exploitation liée aux opérations déployées par les gilets jaunes sur le réseau (péages gratuits, blocage des accès aux autoroutes du réseau). « Et nous les protégeons aux péages. Tous ne portent pas de gilets jaunes, on se retrouve vite dans des situations scabreuses. Nous mobilisons nos patrouilleurs et nos moyens d’informations pour avertir la présence de piétons aux péages. Il n'y a pas eu de blessés à cet instant (mardi à 16h, NDLR) et c'est un miracle. On peut dire qu'ils ne nous le rendent pas bien. » Les salariés seront redéployés vers les autres sites du groupe, indique L'Indépendant (article du 4 décembre).

À Béziers (34), le rond-point de la zone d’activités La Méridienne est régulièrement bloqué. Une situation qui, selon les acteurs publics locaux, perturbe gravement le fonctionnement des entreprises de la zone, dont la plateforme logistique alimentaire de 66 000 m2 d’Intermarché, qui permet de livrer de 200 magasins. Répondant à un appel national du mouvement, les dockers et grutiers CGT du port de Sète (34) en ont bloqué l'accès une partie de la matinée du lundi 3 décembre.

À Perpignan (66), les entrées d'autoroute Perpignan Nord et Sud sont régulièrement bloquées. Le centre européen d'éclatement de fruits et légumes Saint Charles International a été bloqué le 30 novembre. Selon une enquête menée par la CCI des Pyrénées-Orientales (président : Bernard Fourcade), du 23 au 26 novembre derniers, la baisse du chiffre d’affaires moyen des entreprises départementales serait déjà de - 34%. La chambre consulaire invite ses entreprises ressortissantes à mobiliser les mesures pour des reports d’échéances ou des procédures de chômage partiel proposées par l’Urssaf, la direction des finances publiques et la Direccte.

À Carcassonne (11), la zone commerciale de Salvaza est régulièrement bloquée depuis deux semaines. Un commerçant de la zone, cité par L'Indépendant le 4 décembre, estime les pertes liées aux blocages des samedis 17 et 24 novembre à 70, voire 80 % du chiffre d'affaires.

Selon nos confrères d’Actu.fr (article du 28/11), Roland Delzers, président de l’Union des entreprises de proximité en Occitanie, aurait signalé au ministre « d’importantes pertes de chiffre d’affaires (…) le premier week-end de mobilisation, pouvant aller jusqu’à 50 % dans les zones de blocages. » De son côté, La Dépêche, indique, le 28/11, que cinq entreprises de Tarn-et-Garonne prévoient de mettre leurs salariés au chômage technique. « Seraient touchées des entreprises situées dans la zone commerciale d’Aussonne, à Montauban, et une entreprise à Valence-d’Agen », précise Actu.fr.

Dans les Hautes-Pyrénées, les manifestations du 1er décembre se sont traduites par un blocage de la zone commerciale du Méridien à Tarbes, occasionnant « 85 % de pertes de chiffre d’affaires pour un de nos adhérents pharmaciens », rapporte Fanny Sancho, déléguée générale de la CPME 65. « Les magasins SFR du Sud-Ouest ont enregistré 15 % d’activité en moins samedi dernier, ajoute-t-elle. La CPME réclame l’annulation des taxes pour éviter un 2e samedi noir pour nos activités. »

De son côté, la Confédération des petites et moyennes entreprises de Haute-Garonne (CPME 31) a lancé ce 4 décembre une enquête pour mesurer l’impact économique des manifestations « et l’audience des revendications des gilets jaunes auprès de nos adhérents », précise Nicolas Poux, délégué général de la CPME 31.

À Toulouse, où les lycéens manifestent une nouvelle fois contre les réformes de l'éducation, un feu de poubelle a détruit le hall du lycée Saint-Exupéry à Blagnac.

En Ariège, « la situation est rude », confie à La Lettre M, un directeur de supermarché, victime de dégradations importantes en marge des manifestations. « Je n’ai pas pu être approvisionné pendant une semaine. L’activité a été perturbée à hauteur de 30 à 40 % les trois derniers samedi, relate Alexandre Guidet. Certaines problématiques des Gilets Jaunes sont compréhensibles, mais il y a un vrai risque de chômage partiel pour mon entreprise. Si cela dure tout le mois de décembre, cela va être compliqué. Je suis préoccupé pour mes 40 salariés. »

Côté tourisme, Jacques Mestre, de l'Umih (Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie) ex-Languedoc-Roussillon, déplore une baisse de l'activité « de 20 %, qui atteindra les 40 % si le mouvement continue. Un touriste, s'il ne se sent pas en sécurité, s'en va ou ne vient pas. C'est aussi simple que cela. »

La rédaction
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