Face à la crise, WeAre mise sur la diversification
Il y a seulement quelques mois, le groupe montalbanais WeAre accumulait les succès. Fondé en 2016, ce petit empire tarn-et-garonnais, spécialisé dans les pièces et les sous-ensembles de petites et moyennes dimensions, se positionnait avec réussite en tant que rang 1 d'Airbus. Le résultat d'une stratégie de consolidation réalisée tambour battant, qui aura permis à une vingtaine de sociétés, basées à la fois en France, au Maroc et en Asie, de se structurer en un groupe cohérent autour de la PME familiale Farella. Mais depuis, la crise du Covid-19 a frappé de plein fouet le paquebot de 1 300 salariés. « Nous devrions enregistrer une baisse d'activité de l'ordre de 45 % cette année », explique le président du groupe, Pascal Farella. Une véritable douche froide, alors que WeAre, qui a récemment investi 11 M€ dans la construction d’un nouveau siège social de 30 000 m2 dans la zone d’activités d’Albasud, à Montauban, injecte chaque année – hors opérations de croissance externe – pas moins de 20 M€ dans des projets immobilier, en R&D et en machines. Une stratégie de consolidation, de développement et de spécialisation mise à mal par la crise.
Préserver l'emploi au maximum
Pour faire face à cette situation inédite, WeAre a mis fin au recours à l'intérim et aux CDD, tout en activant le levier de l'activité partielle. Pour l'heure, aucune décision relative à une restructuration de ses effectifs n'a été prise. « Nous sommes suspendus aux futures annonces d'Airbus concernant les cadences de production, confie Pascal Farella. Cela déterminera les actions à mener en matière de ressources humaines. » En attendant, le groupe accélère sa mutation industrielle en s'appuyant de façon résolue sur les outils digitaux. « Nous devons tout mettre en oeuvre pour passer les trois prochaines années, martèle le dirigeant, qui a déjà obtenu un Prêt garanti par l'Etat (PGE) de 5 M€ et n'exclut pas de lever sous cette forme une enveloppe globale de 30 M€ d'ici à la fin de l'année. Nous préserverons l'emploi au maximum, mais nous serons forcément amenés à passer par une restructuration. » La conséquence d'une mécanique implacable : tandis que son activité est en berne, le niveau de dette du groupe, lui, augmente.
Quid du plan de relance ?
Si Pascal Farella jette un regard globalement positif sur les différentes mesures du plan de relance aéronautique du gouvernement, vantant une « réelle écoute » de la part des pouvoirs publics, il demeure «prudent » en ce qui concerne la question des fonds propres. « Dans le contexte actuel, il peut être facile pour des fonds de rentrer dans le capital des entreprises familiales du secteur, à des niveaux valorisation très bas », analyse-t-il, tout en précisant que, concernant WeAre, la question n'est « pas d'actualité pour le moment ». Les aides publiques dédiées à la digitalisation et à la robotisation des PME et des ETI de la supply chain (chaîne de sous-traitance) laisse également perplexe le chef d'entreprise. « Le montant (300 M€ sur trois ans, NDLR) aurait pu être plus élevé, estime-t-il. J'espère que ce ne sont pas toujours les mêmes qui en bénéficieront... »
Objectif : diversification
Emporté pendant des années par la croissance du secteur aéronautique, et notamment celle de son client Airbus, le groupe WeAre doit aujourd'hui repenser son modèle. « Nous avons été prudents, car nous sentions qu'une forme de bulle était en train de monter, confie Pascal Farella. Depuis environ dix-huit mois, nous travaillons de façon stratégique sur des sujets de diversification, avec une équipe entièrement dédiée à de nouveaux projets de R&D. Cela nous permet d'être aujourd'hui en phase de prototypage. » Souhaitant activer « tous les leviers de la diversification », le groupe montalbanais cible à la fois « de nouveaux clients et de nouveaux marchés, hors aéronautique ». Pascal Farella, qui se dit « réaliste, mais optimiste », estime que, compte tenu de la diversité des entités qui le constituent, WeAre a tous les atouts pour « se réinventer ».










