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| 24/07/2020

Économie, fiscalité, aéronautique... : l'interview vérité de Jean-Luc Moudenc

Réélu à la présidence de Toulouse Métropole, le maire LR de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, livre à La Lettre M sa vision du développement économique du territoire. Interview.

Quelles sont vos grandes priorités en matière de développement économique ?
Dans les mois et les années à venir, notre première priorité sera bien entendu l'emploi. Nous savons, malheureusement, que la crise économique et sociale née de la crise sanitaire va engendrer la suppression de nombreux emplois. Nous devons par conséquent intervenir, à notre niveau. Le premier levier que nous pouvons activer est celui de la commande publique, dans les travaux publics, mais aussi dans le champ des mobilités. À lui seul, le chantier de la future troisième ligne de métro à Toulouse représente, en cumul, plus de 22 000 emplois. Notre deuxièmelevier d'action portera sur la création d'une plateforme internet accueillant à la fois des offres d'emplois – 8 000 dès septembre et 20 000 en 2021 - et des formations gratuites en ligne. Par ailleurs, nous continuerons à soutenir des secteurs clés du territoire, comme l'aéronautique, bien entendu, mais aussi le tourisme, le numérique, l'intelligence artificielle, la santé du futur et les nouvelles mobilités.

La filière aéronautique est extrêmement fragilisée. Comment accompagner sa relance ?
Nous sommes aux côtés de ce secteur qui, en effet, est fortement impacté. Au-delà de notre participation, à hauteur de 10 M€, au fond de soutien à la filière, notre rôle est principalement politique. Nous menons des actions de lobbying. Airbus a annoncé d'importantes suppressions de postes à venir ; nous souhaitons que la négociation, actuellement en cours avec les organisations syndicales, puisse permettre d'éviter les licenciements secs. De la même manière, nous nous mobilisons afin que le projet d'implantation à Toulouse d'une unité d'assemblage A321 soit maintenu. Nous le disons haut et fort : l'aéronautique a un avenir, si l'on mise sur l'accélération de la transition écologique. Et cet avenir s'écrira à Toulouse.

Vous avez annoncé une stabilité fiscale tout au long de votre mandat. Dans le contexte actuel, est-ce tenable ?
Cette stabilité fiscale est incontournable. Car la crise que nous traversons va malheureusement se traduire par des pertes d'emploi et un recul du pouvoir d'achat. Il est donc totalement exclu de demander un effort fiscal supplémentaire. Afin de maintenir néanmoins nos investissements, nous allons probablement avoir recours, en 2021 et 2022, à un niveau d'emprunt plus important qu'initialement envisagé. Par ailleurs, nous allons pouvoir bénéficier de financements issus des plans de relance de l'État et de l'Union européenne.

Quel est l'objectif du "Pacte d'orientation et de gouvernance partagée" qui unit désormais votre majorité métropolitaine à des élus des groupes socialiste, radical, divers gauche et indépendants ?
Ce pacte, noué entre plusieurs groupes et sensibilités politiques différentes, prévoit une feuille de route commune au cours des six ans à venir, ainsi qu'une solidarité entre ses signataires. Il exprime notre volonté de travailler ensemble, malgré nos différences.

Comment la question environnementale va-t-elle s'articuler avec votre feuille de route, notamment en termes de mobilité et d'urbanisme ?
La protection de l'environnement est désormais inscrite dans l'esprit de chacun. Elle va irriguer l'ensemble de nos choix politiques. En matière de logements, mais aussi en ce qui concerne les bâtiments de la collectivité, nous allons accélérer nos investissements en faveur de la sobriété énergétique, en lien avec l'État et la Région. Quant aux mobilités, je rappelle que la future 3e ligne de métro est le projet le plus écologique de France, puisqu'il permettra d'éviter 90 000 déplacements en voiture chaque jour. L'enquête publique environnementale débutera au premier semestre 2021, et le chantier sera lancé dans la foulée. Plus globalement, nous avons prévu de mettre en place des conventions citoyennes pour l'écologie en ville, quartier par quartier, afin d'enrichir notre feuille de route des idées et initiatives venues du terrain.

Quel est le rôle de la commission prospective "Toulouse, territoire d'avenir", parrainée par Jean Tirole ?
C'est une idée que j'ai eu durant le confinement, lorsque j'ai compris que notre territoire serait sérieusement bousculé. J'ai souhaité que nous puissions remettre à plat notre réflexion prospective sur le plan économique, afin de pouvoir être en mesure de saisir les potentielles opportunités nées de la crise et d'être au rendez-vous des futurs appels à projets nationaux et européens. Jean Tirole a immédiatement accepté le challenge, ce qui nous a permis de constituer autour de lui une commission indépendante de haut niveau, en lien avec la Région. Elle va travailler de façon objective, en étudiant à la fois nos forces et nos faiblesses. Un premier rapport nous sera remis fin septembre.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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