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| 12/03/2019

Dominique Faure : politique de terrain

Après Nadia Pellefigue (Région) et Chantal Marion (Montpellier Méditerranée Métropole), La Lettre M consacre à la vice-présidente de Toulouse Métropole le dernier portrait de sa série dédiée aux femmes politiques qui incarnent le développement économique en Occitanie. Élue pour la première fois en 2014, issue du monde de l’entreprise, Dominique Faure bouscule le landerneau politique.

Difficile de dresser le portrait de Dominique Faure sans mentionner son passé de sportive de haut niveau. Parce qu’il revient systématiquement dans sa description, les uns appréciant « son tempérament fonceur », « sa persévérance » et « son goût pour le défi », les autres lui reprochant « sa gestion du temps désastreuse », due à « son hyperactivité », teintée parfois d’une certaine « brutalité ». Et parce que ce passé sportif a sans conteste déterminé son parcours professionnel. Classée n°12 française à son meilleur niveau, sacrée trois fois championne de France universitaire et trois fois championne de France par équipe, l’ancienne joueuse de tennis de 1re série se félicite d’avoir pu concilier études et sport de haut niveau : « À l’époque, c’était encore possible et tant mieux ! » En 1982, elle décroche un diplôme d’ingénieur, option informatique, à l’Insa Lyon. « Mon frère est lui aussi devenu ingénieur. Enfants d’instituteurs et petits-enfants d’agriculteurs, dans l’Aude, nous sommes de purs produits de l’ascenseur social », glisse-t-elle. Suivra, en 1991, l’obtention d’un Executive MBA de HEC Paris. À 23 ans, elle intègre IBM France comme ingénieur technico-commercial. L'année suivante, elle quitte le monde du tennis, après deux blessures importantes.

En mode projet

Sa détermination à percer dans le milieu de l’entreprise s’avère payante. Sept ans plus tard, elle est nommée directrice générale Europe d’une business unit de Motorola. « Le travail de mon mari à l’Aerospatiale (devenue Airbus, NDLR) nous a conduits à Toulouse, où j’ai occupé trois postes de directrice régionale, chez SFR Cegetel, Veolia Eau puis Altedia. » Ce qui la motive en entreprise ? « Emmener des équipes dans des projets et développer le business dans des métiers où les cycles d’innovation sont très courts », résume-t-elle. « C’est aussi ce qui fait sa force en politique. Elle sait comment créer une dynamique entre des personnes et elle reste positive en toute circonstance », estime Christian Desmoulins, fondateur de l’École des Mines d’Albi, ancien président du directoire du groupe Actia (systèmes embarqués électroniques et équipements de télécommunications, Toulouse) et président du Cercle des entreprises stratégiques d’Occitanie. Et d’ajouter : « Les industriels apprécient de travailler avec elle car, de par son passé en entreprise, elle comprend leurs problématiques. » Même constat chez Stéphane Douce, directeur des pépinières d’entreprises de Toulouse Métropole : « Quand elle parle avec des entreprises, on sent qu’elle est dans son élément. »

Une passion pour la chose publique

Entrée en politique sur le tard - elle se lance dans sa première campagne à 53 ans -, Dominique Faure se prend de passion pour « la chose publique. S’y consacrer prend beaucoup du temps, mais est aussi source de grandes satisfactions, assure-t-elle au lendemain d’une réunion de quartier à Saint-Orens-de-Gameville. Soixante personnes étaient présentes hier soir. Je suis rentrée fatiguée par ces 2h30 d’échanges intenses mais exempts de critique stérile ». Maire de cette commune du sud-est de Toulouse depuis 2014, elle entend améliorer la qualité de vie de ses 12 000 administrés par des actions concrètes, aux résultats tangibles : réaménagement complet du cœur de ville autour d’une halle, création d’une maison des arts martiaux diversification de l’habitat, poursuite de l’aménagement de la Zac du Tucard…
« Toulouse Aerospace, l’Oncopole, Francazal, le chantier du futur parc des expositions… : à la Métropole, c'est différent. On travaille à une tout autre échelle, souligne celle qui est aussi, depuis 2014, vice-présidente de Toulouse Métropole en charge du développement économique et de l’aménagement des zones d'activités économiques. Il faut savoir rester humble sur ses réussites en matière de développement économique, sachant que nous partageons cette compétence avec l’État et la Région et que le territoire est naturellement dynamique. » Malgré tout, elle est convaincue que la performance de l’action publique peut et doit être mesurée. Aussi, quand Jean-Luc Moudenc la sollicite pour l’élaboration du Schéma de développement économique, d’innovation et de rayonnement métropolitain, Dominique Faure lui propose deux choses : d’une part, de le co-construire avec le monde économique et, d’autre part, de rendre des comptes sur l’état d’avancement des vingt projets stratégiques définis, dans le cadre d’Assises annuelles du développement économique.

La culture du résultat

« Dominique fait partie de ces trop rares élus qui essaient d’introduire une culture du résultat, de l’efficacité en politique. En plus, elle dit les choses comme elle les pense, ce qui ne plaît pas à tout le monde. C’est une élue atypique mais qui fait du bien à la politique », analyse son ami de trente ans, Jean-Christophe Giesbert, ancien directeur de la rédaction de La Dépêche du Midi et fondateur d’une agence de conseil en communication à Toulouse. Une opinion partagée par Philippe Lasterle, qui l’a conseillée dans plusieurs de ses campagnes : « C’est une progressiste, qui s’est engagée en politique pour faire mieux, sans certitudes préétablies. » Issue du Parti radical valoisien, Dominique Faure revendique « une pensée de centre droit ». Adhérente au Mouvement Radical Social-Libéral, elle rejoint La République En Marche, fin 2017 : « J’ai été séduite par la dynamique, la jeunesse d’Emmanuel Macron et son envie de faire de la politique autrement. » « Comme lui, elle a les défauts de ses qualités : énergique mais impatiente, franche mais parfois peu diplomate, ce qui lui attire aussi de l’inimitié, y compris dans la majorité à la Métropole », « «"Elle irrite un peu Jean-Luc Moudenc, parce qu’elle n’a pas les codes de la politique et ne cherche pas à les acquérir », confie deux observateurs du monde politique régional. Une chose est sûre : plusieurs élus ont botté en touche quand La Lettre M les a sollicités pour apporter leur éclairage à ce portrait. L’un d’entre eux, vice-président de Toulouse Métropole, élu du groupe Métropole d’Avenir (qui réunit les élus de la droite, du centre et de la société civile), s’agaçant même de cette proposition : « Je ne vois pas l’intérêt de cet article et je n’ai rien à dire sur Dominique Faure. »

« J'ai appris à me carapacer »​

« Les attaques, parfois très violentes, notamment dans l’opposition municipale de Saint-Orens, me font moins souffrir qu’au début. Avec l’aide de ma famille (elle a trois enfants, NDLR), et de mon mari en particulier, j’ai appris à me carapacer », affirme l’élue, qui travaille 7 jours sur 7 mais s’accorde des moments en famille, une sortie vélo le dimanche matin et un peu de gymnastique pour maintenir son équilibre. Et poursuivre son engagement, en briguant un deuxième mandat aux municipales de 2020. « On repartira avec la même coloration qu’en 2014 : une union du centre et de la droite, avec quelques personnalités marquées à gauche. » À la différence près qu’elle pourrait trouver, face à elle, deux listes d’opposition, l’une menée par la socialiste Aude Lumeau-Preceptis, l’autre par son ancien adjoint à l’urbanisme, resté conseiller municipal, Marc Del Borello, également président de Tisséo-Voyageurs (la régie commerciale du réseau de transports toulousain). Côté Métropole – à laquelle elle consacre en moyenne 1,5 à 2 jours par semaine -, aucun doute : elle soutiendra Jean-Luc Moudenc. Mais que pense-t-elle de Nadia Pellefigue, actuelle vice-présidente PS de la Région Occitanie chargée du développement économique, de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, qui vient d’annoncer sa candidature à la mairie de Toulouse ? « Je la connais bien en tant qu’élue, mais très peu personnellement. Elle me paraît accessible et nos contacts sont toujours très respectueux et constructifs. » Au conseil régional la Région, justement, certains imaginent que Dominique Faure pourrait un jour se laisser tenter par un nouveau challenge : « Objectivement, elle fait du très bon boulot à la Métropole. Elle a donné corps à la dimension économique de cette collectivité. Mais le mandat pour lequel elle est fait est celui de Nadia Pellefigue à la Région. Elle y donnerait toute sa mesure car, avec la loi NOTRe, c’est là que se situent aujourd’hui les principaux leviers d’action en matière de développement économique. » Réponse de l'intéressée ? « C’est beaucoup trop tôt pour me prononcer, mais plus le temps passe et plus je suis passionnée par le mandat le maire, qui permet de voir le fruit des politiques publiques que nous portons au quotidien. »

Aline Gandy / gandy@lalettrem.net
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