Dominique Delbouis (FO Airbus) : « Nous refusons les licenciements contraints ! »
Après la manifestation historique des salariés d'Airbus - qui a rassemblé le 8 juillet entre 7 000 et 9 000 personnes (4 000 selon la préfecture) à Blagnac à l'appel des trois principaux syndicats FO (majoritaire), CFE-CGC et CFTC -, l'heure est aux négociations. Interview exclusive, pour La Lettre M, de Dominique Delbouis, coordinateur FO du groupe Airbus.
Quel message avez-vous souhaité adresser à la direction en organisant cette manifestation ?
Il faut savoir que le dialogue social fait partie de l'ADN d'Airbus. C'est ce que j'ai rappelé à Thierry Baril (le DRH du groupe, NDLR), en lui montrant par la fenêtre les salariés rassemblés. Cette démonstration de force n'avait qu'un objectif : dire à la direction que nous étions là pour négocier. Les salariés n'ont pas changé, ils restent toujours très attachés au dialogue. Ils ont manifesté dans le calme. Sur le fond, le message que nous avons adressé est très clair. Notre ligne rouge, c'est : pas de mesures de licenciements contraints.
Airbus prévoit de supprimer 15 000 emplois dans le monde, dont 3 400 dans la région toulousaine. Est-il possible de faire baisser ce chiffre ?
C'est notre objectif n°1. Nous devons faire baisser ce chiffre des suppressions d'emplois. Pour Airbus, mais aussi pour l'ensemble de la filière. Car un emploi supprimé au sein du groupe entraîne la disparition de six emplois induits. Pour le bassin d'emploi toulousain, notamment, c'est absolument majeur. Il en va de notre responsabilité sociétale. Il y a, fort heureusement, une marge de manœuvre. C'est d'ailleurs tout l'objet des négociations actuelles. En la matière, nous restons pragmatiques et n'avançons pas de chiffres. Une expertise a été lancée au niveau européen et il va en être de même au niveau national. Nous allons étudier la situation de façon précise, secteur par secteur. Ces chiffres des suppressions de postes doivent descendre le plus bas possible, jusqu'à atteindre un niveau où il ne sera plus question de licenciements.
Quels sont les principaux leviers à activer pour cela ?
Pour le moment, nous souhaitons en poser deux sur la table. D'une part, l'activité partielle de longue durée (APLD), qui constitue un élément extrêmement important dans le dispositif. Et d'autre part, les départs volontaires anticipés. Nous souhaitons nous en tenir à cela, en excluant par exemple la question des accords de performance collective (APC) de nos éléments de langage.
Quel est le calendrier des négociations ?
Les négociations vont durer dans le temps, probablement entre trois et quatre mois. Les premières discussions vont porter sur les mesures de mobilité externe volontaire. Ensuite, nous parlerons d'accompagnement social.
Au-delà d'Airbus, c'est toute la supply chain (chaîne de sous-traitance) régionale qui est menacée...
Malheureusement oui, et cela fait clairement partie du message que nous adressons à la direction. L'aéronautique, c'est une communauté. Nous travaillons tous ensemble. D'ailleurs, beaucoup de sous-traitants in situ (qui travaillent directement au sein des sites Airbus, NDRL) étaient à nos côtés lors de la manifestation de mercredi. Airbus est la locomotive d'une filière unie. C'est la raison pour laquelle nous voulons avoir une vision claire de l'impact des décisions du groupe sur la chaîne de sous-traitance.
Sur le plus long terme, quel regard portez-vous sur l'avenir de la filière ?
En réalité, c'est la question de l'industrie française qui se pose ici. C'est un sujet qui va au-delà de l'aéronautique. Il y a une urgence absolue à prendre ce virage industriel. Il faut faire rester et faire revenir les entreprises dans nos territoires.










