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Région Occitanie
| | 6/05/2020

[Covid-19] Xavier Châtellier (Urscop) : « Les sociétés coopératives ont une carte à jouer dans le "monde d'après" »

Il y a quelques jours, le réseau national des sociétés coopératives a diffusé un manifeste intitulé « Monde d’après » qui rappelle les grands fondements des sociétés coopératives. Qu'est-ce qui distingue une société coopérative d'une société traditionnelle ?
Xavier Châtellier, président de l'Urscop Occitanie pôle Méditerranée* (photo): Le mouvement coopératif se caractérise par le fait que les personnes sont parties prenantes de la gouvernance de l’entreprise et bénéficient des résultats de l’entreprise. Dans une Scop (société coopérative ouvrière de production), les sociétaires salariés sont toujours majoritaires. La Scic (société coopérative d'intérêt collectif) est quant à elle un entreprise multi-socitétale dans laquelle il y a obligatoirement les salariés, mais aussi des bénéficiaires de l’entreprise - comme par exemple les clients s'il s'agit d'une librairie-, et des partenaires externes. Ce sont des personnes qui se réunissent autour d’un projet commun, à mi-chemin entre la Scop et l’association.

Que préconisez-vous pour ce « monde d’après »?
Dans le manifeste que nous avons publié, nous évoquons tous les grands thèmes qui caractérise la coopération comme l’absence de la valeur boursière, l’actionnariat des salariés… : une coopérative travaille à sa propre pérennisation et met surtout en avant la réussite sociale. Les entreprises appartiennent en majorité aux salariés, les sociétaires font partie du comité stratégique. Il s’agit bien d’un projet collectif où la réussite comme les difficultés seront partagées.

À propos de difficultés, comment le mouvement coopératif traverse-t-il cette crise inédite?
40 % des Scop d’ex-LR ont été complètement à l’arrêt, 20 % ont gardé une pleine activité comme les Biocoop, les bureaux d’étude… En cette période de crise, beaucoup de salariés ont par exemple décidé de travailler plus ou prendre leurs congés. Ces décisions ont été prises par et pour les salariés et non pas par des actionnaires, ce qui fait toute la différence. Les mois à venir vont être compliqués pour tout le monde mais une des forces des coopératives est que les décisions si difficiles à prendre le sont en interne et ne viendront pas d’en haut.

Cette période est-elle une nouvelle occasion de mettre en avant les caractéristiques des sociétés coopératives?
Il y a une carte à jouer. Beaucoup de jeunes entrepreneurs sont intéressés par les Scop car cela donne du sens à leur projet. Le risque que les choses repartent comme avant, et de plus belle, est bien réel. Au niveau des entreprises, la question de la territorialité va devoir être pourtant de plus en plus présente. Tout ce qui est circuit court devrait prendre de l’ampleur, les Scic sont un modèle adapté pour cela, avec l’implication des salariés mais aussi celle des bénéficiaires et des acteurs locaux.

Comment les sociétés coopératives sont-elles soutenues?
Le mouvement coopératif est mobilisé, encore plus en ce moment. Des outils financiers, avec des plans solidarité propres au mouvement coopératif, sont mis en place pour permettre des prêts de trésorerie à hauteur de 50 k€. Nous travaillons par exemple beaucoup avec le Crédit coopératif pour la mise en place des prêts garantis par l’État.

Les sociétés coopératives ont-elles le vent en poupe en région?
Le mouvement coopératif dans la partie ex-Languedoc-Roussillon progresse. En douze ans, le nombre de coopératives a été multiplié par quatre tout comme le nombre de salariés. En dehors de la coopération viticole, nous n’étions pourtant pas une région avec une longue tradition de coopérative ouvrière. Nous avons depuis mis l’accent sur l’innovation sociale avec beaucoup de création de Scop ou Scic dans les loisirs, le tourisme, la culture… Chaque année, entre 15 et 20 coopératives sont créées.


Xavier Châtellier, président de l'Urscop Occitanie pôle Méditerranée

* Le pôle Méditerranée affiche 208 sociétés coopératives (dont 35 % de Scic) et 2 680 emplois, pour un chiffre d'affaires supérieur à 100 M€. De son côté, l’Union régionale des Scop Occitanie Pôle Pyrénées compte 321 entreprises coopératives pour 4 800 salariés.

 

 

Propos recueillis par Nelly Barbé / barbe@lalettrem.net
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