Covid-19 : les professionnels de l’événementiel dans la tourmente
« L’ensemble de notre filière est en danger de mort immédiat alors qu’elle était parfaitement saine il y a seulement une semaine », résume Jean-François Renac, porte-parole du collectif SOS Events 31 regroupant 200 professionnels des secteurs de l’événementiel (agences spécialisées, traiteurs) et de l’hôtellerie de la métropole toulousaine. En cause, les « annulations en cascade » enregistrées depuis une semaine suite à la propagation de l’épidémie de coronavirus. « Dans l’événementiel, entre 60 et 95 % des commandes prévues entre les mois de mars et juin sont annulées ou reportées. Cela représente entre 25 % et 40 % de notre chiffre d’affaires annuel. Les pertes s'élèvent déjà à plusieurs millions d'euros et des milliers d'emplois sont menacés », précise Jean-François Renac, par ailleurs DG de la société Miharu (qui gère notamment le Manoir du Prince, du Mas des Canelles et les espaces événementiels du Village by CA Toulouse).
Même constat dans l’hôtellerie. Vice-président du Club Hôtelier Toulouse Métropole, Olivier Thomas estime la baisse d’activité entre 25 % et 60 % selon les établissements. « La chute est vertigineuse, nos établissements sont quasiment vides et nous n’enregistrons plus de réservations. Et il est difficile d’anticiper actuellement l’évolution de cette situation », constate le représentant des hôteliers toulousains. Directeur général de l’agence de communication toulousaine Verywell, spécialisée dans l’événementiel, Steve Gallais déplore également une suite ininterrompue d’annulations de commandes. « Plus grave, nous n’avons à ce jour aucune visibilité sur l’après-Covid-19 et à quelle échéance l’activité va reprendre ». De son côté, Thomas Fantini, dirigeant fondateur du groupe de restauration toulousain Esprit Pergo, enregistre 80 % d’annulations pour son activité de traiteur au mois de mars, « et nous n’avons plus aucun appel ce qui signifie que nous ne travaillerons pas jusqu’en juin. »
« Sauver nos entreprises et nos emplois »
Face aux conséquences économiques de cette épidémie et « au nombre effrayant de reports et d’annulations », les membres de SOS Events 31 saluent les mesures d’accompagnement déjà prévues par le gouvernement : reports de charges sociales et de TVA, mise en place de chômage partiel… « Mais ces dernières ne permettront malheureusement pas d’endiguer le tsunami qui s’annonce et qui menace nos entreprises et nos emplois, commente Jean-François Renac. À ce jour, aucune annonce n’est susceptible de résoudre le problème majeur que nous subissons sur fond de perte de chiffre d’affaires et de carnets de commandes désespérément vides dans les prochaines semaines. »
Les professionnels toulousains annoncent par ailleurs avoir sollicité Toulouse Métropole en vue d’obtenir une exonération totale de la taxe de séjour en 2020, soit l’équivalent de 1,5 M€. Ces derniers proposent aussi plusieurs autres pistes pour sauver les entreprises de leurs filières respectives, dont la prise en charge de leurs pertes d’exploitation par les assurances, l’ouverture d’un fonds de solidarité par les chambres consulaires et les collectivités et l’encadrement des conditions d’annulation des contrats. « Nous nous interrogeons en effet sur les comportements incohérents et irresponsables de certains de nos clients, qui par mesure de précaution, annulent sans aucun préavis, ni cadre légal, des prestations pour lesquelles nous avons déjà engagé de nombreuses ressources, humaines, matérielles et financières », conclut Jean-François Renac.
Inquiétudes partagées du côté des professionnels montpelliérains
Gérant de Traiteur Grand (CA : 5 M€, 50 salariés, antennes à Montpellier, Nîmes, Béziers et Montblanc), Ghyslain Morvan constate un ralentissement de son activité depuis un peu plus d’une semaine : « Par rapport à la même période il y a un an, notre activité a chuté de 60 %. Nous avons des événements prévus samedi, mais nous ignorons s’ils seront bien maintenus. Si la situation dure encore deux à trois semaines, cela pourra aller, mais si elle déborde sur fin avril/mai et la saison des mariages, ce sera dramatique. »
À la SPL Occitanie Events en charge de la gestion de la salle Arena - Sud de France et du Parc des expositions de Pérols, on évoque le report de deux salons. « MaisonMania et Natur@venture, qui étaient prévus les 14 et 15 mars au parc des expositions et dont nous étions organisateurs, ont été reportés au 30, 31 mai et 1er juin », indique Carole Mallet, responsable de la communication. Le spectacle du Cirque du soleil, « que nous accueillons mais que nous n’organisons pas », est à ce jour maintenu. En fonction de la suite des événements, la rencontre Occitanie E-Sport (plus de 15 000 visiteurs attendus) est elle aussi compromise, commente la représentante d'Occitanie Events.
Même constat pour Sandra Vernier, directrice générale de Montpellier Events (60 salariés, CA : 12 M€), qui gère les salles montpelliéraines du Corum et du Zénith : « D’ici au 15 avril, date butoir arrêtée par les autorités interdisant les rassemblements de plus de 1 000 personnes, nous avions une quarantaine d’événements programmés. Sur ce total, 14 ont été maintenus et plus d’une vingtaine seront reportés d’ici à la fin de l’année ou début 2021. Pour certains, la date de report n’est pas encore fixée. » Montpellier Events compte très peu d’annulations à ce jour. « Il est clair que le point de bascule pour nous s’est fait avec la mise en place de cette jauge des 1 000 spectateurs. » Pour maintenir certains événements, Montpellier Events a choisi d’augmenter le nombre de dates afin de faire passer la jauge de spectateurs sous les 1 000. C’est le cas notamment pour le spectacle Shen Yun qui est passé de trois dates à neuf. « Notre priorité, c’est le report. Mais cette situation génère des pertes : une date perdue, c’est un manque à gagner », juge Sandra Vernier.










