[Covid-19] Les écoles de la région en ordre de marche
Beaucoup ont le sentiment d’être « privilégiés » dans leurs conditions de travail actuelles. « Comparé à celui des soignants, des pompiers ou des militaires par exemple, mon quotidien n’a guère changé. Je fais le même métier qu’avant, mais à distance », admet Laurent Martel, directeur de l’Iseg Digital, Marketing & Communication School de Toulouse. Quand la décision a été prise de fermer le campus, le 16 mars dernier, « tout était prêt, car il y a deux mois, nous avions eu une suspicion de cas de Coronavirus dans notre bâtiment. Celle-ci ne s’est pas confirmée mais nous avions quand même alors mis en place des solutions pour assurer la continuité pédagogique, au cas où ». Conséquence : dès le 16 mars, les 220 étudiants, répartis en cinq promotions allant du Bachelor au Master 2, ont pu suivre des cours en vidéotransmission. « Quelques prêts de matériels ont été faits mais la quasi-totalité de nos étudiants et de nos 120 intervenants pédagogiques est équipée informatiquement donc la formation à distance ne pose pas de problème. Tous ont d’ailleurs fait preuve d’une formidable capacité d’adaptation, qui est à saluer », estime Laurent Martel, qui réfléchit déjà à l’étape suivante : les projets d’application et les partiels. « La semaine dernière, nous avons réalisé un projet de groupe qui a très bien fonctionné. Nos étudiants de 2e année ont en effet travaillé pendant quatre jours sur le design et le packaging de la marque Barelle (un chocolatier installé à Blagnac, en Haute-Garonne, NDLR), via l’application collaborative Teams de Microsoft. Mi-avril, des projets de groupes seront proposés sur ce même modèle aux 4e et 5e années. Quant aux partiels, qui débutent dès le 20 avril pour les 3e années, ils se feront aussi via l’outil Teams, en privilégiant des sujets de réflexion, en un temps contrôlé. » Les stages en entreprise ou les contrats de professionnalisation s’avèrent toutefois plus problématiques : « Sur la centaine d’étudiants concernée, un tiers a vu son stage ou son contrat pro mis en pause, un tiers le poursuit en télétravail et un tiers a été placé en chômage technique ou en activité partielle », indique Laurent Martel, qui se dit malgré tout confiant sur les solutions individuelles qui seront trouvées.
« Des devis pour équiper certains »
Au centre de formation des Compagnons du Tour de France de Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne), spécialisé dans les métiers du bâtiment (330 personnes formées l’an dernier), les choses se mettent en place progressivement. « Les BTS et titres professionnels ont déjà accès à notre plateforme e-compagnonsdutourdefrance.com. Pour les autres, c’est en cours, explique Michel Andrieu, son directeur. Il y a parfois des problèmes de réseau ou de matériel à régler donc nous avons demandé un devis pour équiper certains apprentis si le confinement se prolonge, Il faut aussi penser à la reprise : si les examens de fin d’année sont confirmés, il faudra modifier des plannings pour former en priorité ceux qui passent l’examen en juin et décaler les sessions de ceux pour qui l’examen n’intervient qu’en 2021. Dans l’hypothèse d’un confinement de six semaines, chaque groupe aurait en fait deux semaines de cours à rattraper, ce qui nous semble jouable. » Quant aux entreprises qui accueillent les apprentis, « beaucoup d’entre elles ont stoppé leurs chantiers donc elles nous demandent de former les jeunes sur la partie théorique quand cela est possible, en attendant la reprise, que nous surveillons de près, nous aussi ».
« Pionniers dans le multimédia »
Dans le Gard, au sein de l’IMT Mines Alès (350 salariés, plus de 1 100 étudiants), le basculement de l’enseignement du présentiel vers le distanciel s’est mis en place assez naturellement. « Dès les années 93-95, nous étions pionniers dans ce qui s’appelait le multimédia (usage de CD-roms…), ce qui nous a permis de développer assez tôt le numérique pour nos formations, rappelle Jean-Paul Veuillez, responsable pédagogique de la partie tronc commun pour la formation d’ingénieur généraliste et animateur de la cellule Nouvelles technologies éducatives, IMT Mines Alès. En 2001, l’IMT proposait une formation commune en ligne (filière Fontanet, NDLR) pour quatre de nos écoles et environ 30 étudiants répartis entre la France, l’Afrique noire et sub-saharienne. Cela a fonctionné jusqu’en 2010. » En janvier 2019, l’IMT Mines Alès équipe par ailleurs l’ensemble de ses étudiants et des enseignants en tablettes numériques. L’établissement dispose donc de l’équipement technologique et de l’expertise pédagogique afin de mener à bien ses formations à distance. « Nous utilisons plusieurs outils, tels que la plateforme d’apprentissage en ligne Moodle, depuis 2005. Des cours, mais aussi des questionnaires à choix multiples y sont déposés, les élèves peuvent y remettre leurs devoirs, se corriger entre eux, accéder à des forums… » À cette plateforme s’ajoutent des outils de webconférence pour des échanges interactifs en direct : « Nous fonctionnons aussi avec la plateforme collaborative Microsoft Teams, gratuite pour les établissements d’enseignement supérieur ». De cette façon, les étudiants peuvent suivre des travaux dirigés (TD) en groupe et échanger avec l’enseignant en direct. « Paradoxalement, les étudiants nous disent qu’ils sont plus attentifs lors des TD en ligne car, par rapport au présentiel, ils ont moins de distraction. » Les partiels devraient se tenir en juin et les stages en entreprise pourront probablement être réalisés dans la foulée. Quant aux étudiants normalement tenus d’effectuer une période de quatre mois à l’international entre la 2e et la 3e année et qui ne l’auront toujours pas réalisée en 3e année, ils en seront exemptés.
Les stages, un facteur d'inquiétude
Du côté de TBS (Toulouse Business School, 350 collaborateurs, 5 600 étudiants formés chaque année, cinq campus implantés à Toulouse, Paris, Barcelone, Londres et Casablanca), même constat : « Le télétravail fonctionne très bien depuis deux semaines », se félicite Stéphanie Lavigne, nommée directrice générale en octobre dernier. Si la bascule en tout distanciel peut sembler plus naturelle pour TBS - première école de commerce française à avoir obtenu le label 4Digital (garantissant l’excellence de ses formations numériques à distance) de la Conférence des grandes écoles -, elle a toutefois nécessité « de l’accompagnement, de l’énergie, du leadership. Il faut saluer l’engagement de tous nos professeurs et intervenants, nos équipes DSI, nos ingénieurs pédagogiques, etc. qui ont réussi ce challenge ». Concrètement, chaque jour, plus de 90 classes virtuelles sont déployées pour assurer la continuité pédagogique et près de 800 heures de cours ont été dispensées en une semaine. Une communication régulière est également effectuée avec les étudiants et les personnels, via des newsletters par exemple. « La durée du confinement va se prolonger, donc nous allons étendre, en interne, les dispositifs d’assistance psychologique déjà proposés à nos étudiants », complète Stéphanie Lavigne. Au-delà des questions pédagogiques, ces derniers peuvent en effet solliciter l’école et son psychologue en cas de difficultés personnelles. « Nous travaillons aussi avec l’Université Fédérale de Toulouse qui propose des solutions adaptées pour accompagner les étudiants en difficultés. » Parmi les facteurs d’inquiétude des étudiants : les stages, qui « occupent une place centrale dans le cursus de formation en école de commerce et sont une condition de diplomation ». Faute de consignes données par les institutions de tutelle, TBS dit avoir « une approche la plus pragmatique possible. Si l’étudiant effectue un stage dans une entreprise/organisation qui propose du télétravail, alors le stage est poursuivi pendant le confinement et le lien avec l’entreprise/organisation demeure. Si l’entreprise/organisation qui accueille le stagiaire ne peut pas proposer de télétravail, le stage est suspendu et sera réévalué après la période de confinement. Notre service des stages a mis en place un avenant de suspension de stage à durée indéterminée. Le stage reprendra quand le confinement sera levé. L’incidence pour l’étudiant est qu’il n’est pas indemnisé pendant la période de confinement, mais son stage reprendra après. Quand l’entreprise d’accueil annule le stage, nous avons demandé à nos étudiants et à leurs tuteurs de nous faire remonter cette décision. TBS réfléchit aux conditions d’aménagement pour valider le stage : report ? recherche d’un nouveau stage ? neutralisation ? Des mesures ont été prises par le Gouvernement pour ne pas pénaliser l’étudiant dans sa scolarité mais rien n’a été prévu quant à l’indemnisation. Ce qui peut avoir des conséquences grave pour certains étudiants dont l’indemnisation est la seule source de revenu pendant la période de stage », s’inquiète Stéphanie Lavigne.
Un impact financier « certain »
Quid des conséquences financières de cette crise sans précédent sur l’école elle-même (55 M€ de budget annuel) ? « Il est difficile de l’évaluer aujourd’hui mais l'impact est certain, assure la directrice générale. Il y a bien entendu l’annulation de toutes les actions événementielles que TBS avait planifié de mars à fin juin. La crise a aussi un fort impact sur nos programmes de formation continue destinés aux entreprises, aux dirigeants et cadres et qui démarraient pour une grande partie début avril. Ces programmes sont soit mis en distanciel quand cela est possible, soit reportés, soit annulés, entrainant un impact à la baisse de notre chiffre d’affaires. C’était déjà une année complexe avec la réforme de la formation continue dans les entreprises. Enfin, nous aurons probablement un impact financier sur notre recrutement d’étudiants à l’international qu’il est impossible de chiffrer à date. Nous avions de bons résultats en matière de commercialisation début mars sur le recrutement d’étudiants à l’international. Il faudra patienter pour voir si cette crise peut remettre en question la décision d‘étudiants étrangers de venir étudier en France et en particulier à TBS. »










