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Région Occitanie
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Aéronautique et spatial
| 17/03/2020

[Covid-19] Le secteur aéronautique régional en pleines turbulences

L'annonce faite le 17 mars par Airbus de fermer – pour quatre jours – l'ensemble de ses sites de production et d'assemblage, à la fois en France et en Espagne (lire encadré), a été vécu comme une onde de choc dans le secteur aéronautique d'Occitanie. Et pour cause : l'industriel, qui emploie directement 28 000 personnes dans la région, fait travailler localement une chaîne de sous-traitance riche de quelque 86 000 emplois. Autant d'acteurs régionaux qui, chacun à leur manière, sont impactés par les contraintes de confinement liées à la pandémie de coronavirus. « Il est clair que l'activité du secteur va être ralentie pour plusieurs semaines, confie à La Lettre M Yann Barbaux, président du pôle de compétitivité Aerospace Valley, qui rassemble 826 acteurs de l’aéronautique, du spatial, des drones et des systèmes embarqués en Occitanie et Nouvelle-Aquitaine. Hormis un certain nombre de fonctions support et commerciales, il est relativement difficile de mettre en place le télétravail dans une industrie comme l'aéronautique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Airbus a fait le choix de fermer ses sites de production pour quelques jours. Il doit déployer des modes d'organisation adaptés à la situation. Car pour les opérateurs, respecter les fameuses mesures de distanciation est particulièrement difficile. » Dans ce contexte, les entreprises essayent de s'adapter, sans pour autant céder à l'affolement. « Nous ne nous trouvons pas dans la même situation que des secteurs comme le tourisme, par exemple, analyse Yann Barbaux. Même s'il peut y avoir des décalages en termes de livraisons, les entreprises ont des clients, des carnets de commande. La difficulté consiste à trouver des solutions d'organisation de la production. »

« Nous sommes très vigilants, mais nous travaillons »
Continuer à produire « tant que c'est possible », c'est le choix qu'a fait Serge Dumas, à la tête de la société tarn-et-garonnaise Gillis Aerospace, spécialisée dans la fabrication en petites et moyennes séries de fixations et de vis pour l’aéronautique et le spatial (40 salariés, CA 2019 : près de 5 M€). « Nous ne sommes pas, contrairement à ce que j'entends ici ou là, dans un mode de confinement total, martèle-t-il. Une entreprise qui le peut a parfaitement le droit de travailler. Par conséquent, j'ai permis à un certain nombre de mes salariés d'opter pour le télétravail. Mais en ce qui concerne la production elle-même, il est évident qu'il n'est pas possible de déménager une machine de plusieurs tonnes dans sa salle à manger ! » Résultat : l'entreprise a modifié le mode d'organisation de son atelier afin de réduire le plus possible les risques de contagion. « Toutes les portes de l'usine sont ouvertes, les opérateurs ne sont jamais plus de trois dans un espace confiné, des distances de sécurité sont mises en place et les réunions sont interdites, énumère le chef d'entreprise. Nous sommes très vigilants, mais nous travaillons. »

« Nous avons fermé l'entreprise »
C'est un choix diamétralement opposé qu'a fait Agnès Timbre, la dirigeante de la société Celso. « L'entreprise est fermée pour quinze jours », confie-t-elle à La Lettre M. Spécialisée dans la transformation de mousses pour des applications techniques, cette PME tarn-et-garonnaise de cinquante salariés, qui a enregistré 9,5 M€ de CA l'an dernier, travaille à 60 % pour le secteur aéronautique. « Nous avions tout mis en place pour poursuivre la production, explique la chef d'entreprise. Mais une conjonction de facteurs nous a conduits à prendre la décision de fermer la société. Tout d'abord, un certain nombre de nos salariés nous ont prévenus qu'ils avaient été en contact avec des personnes infectées. Par ailleurs, certains clients m'ont demandé de cesser les livraisons. Ma priorité numéro un est de préserver la santé de mes salariés. Sérieusement, comment peut-on continuer à produire sans le moindre contact entre les opérateurs ? Ce matin, quand j'ai dit “On arrête tout !”, tout le monde était soulagé. » L'entreprise a ainsi prévenu ses clients et a assuré ses dernières expéditions en cours, avant de baisser temporairement le rideau. « Quand tout ça sera fini, on repartira de plus belle ! », assure Agnès Timbre.

« Si ça dure, ça sera compliqué »
Pour l'heure, il est « encore trop tôt » pour mesurer les impacts de long terme de cette crise sanitaire sur l'activité de la filière aéronautique et spatiale régionale, estime Yann Barbaux. « Tout dépend, en réalité, du temps que tout cela durera, assure-t-il. S'il s'agit de quinze jours, ou même d'un mois, les impacts seront relativement limités. Mais si c'est, comme on l'entend, huit à douze semaines, ce sera beaucoup plus compliqué... »

D'autres réactions d'entreprises du secteur aéronautique et spatial ont été collectées par La Lettre M au fil de la journée :

Chez Telespazio France, filiale du groupe italien Telespazio qui fournit des services et applications satellitaires (100 personnes à son siège toulousain, CA : 90 M€), « on se conforme de manière stricte aux recommandations et aux mesures demandées par le gouvernement », nous indique-t-on. Et d'ajouter : « La protection de la santé de nos salariés reste notre priorité et nous faisons tout ce qu’il faut pour la garantir. Nous mettons en place le télétravail de façon massive et maintenons l’ensemble des activités critiques avec les aménagements qui s’avèrent nécessaires. Pour nos salariées in situ (qui travaillent dans les sites des clients, NDLR), nous nous conformons aux dispositions et aux mesures demandées et mises en place par nos clients. »

Chez Thales, groupe qui fait travailler plus de 5 000 salariés dans la métropole toulousaine, on dit suivre « la situation avec beaucoup d’attention, en lien avec les autorités concernées » et prendre « les mesures nécessaires pour notre personnel au fur et à mesure de l’évolution de la situation ». « À ce stade, précise un porte-parole de Thales, il est trop tôt pour se prononcer sur un quelconque impact sur l’activité du groupe. Les impacts indirects sont potentiellement nombreux et impossibles à quantifier aujourd’hui. En tant qu’entreprise mondiale présente dans 68 pays, nous sommes habitués à nous adapter aux environnements complexes et à mettre en place des plans de contingence pour maintenir le bon déroulé de nos opérations et nos engagements business. »

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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