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Hérault
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Logistique / Numérique
| 26/07/2022

Comment Pierre Mestre voit l'avenir de NewOrch

Dans un entretien accordé à La Lettre M, le fondateur d’Orchestra Pierre Mestre dresse un bilan d’étape de la nouvelle entité NewOrch. Deux ans après le redressement judiciaire et la reprise du groupe, le dirigeant revient sur la restructuration de l’enseigne de vêtements pour enfants et d’accessoires de puériculture et sur les perspectives de développement du distributeur héraultais employant 3 200 salariés.

La Lettre M - Comment se porte NewOrch ?

Pierre Mestre – Les premiers comptes sur 18 mois, arrêtés au 31 décembre 2021, montrent que l’entreprise se porte bien avec un chiffre d’affaires de 636 M€. Soit 420 M€ de CA sur douze mois. Mais c'est 30 % de moins que ce que réalisait Orchestra, il y a quatre ans avec un parc de magasins plus élargi. Nous avons un maillage de 425 magasins contre 600 avant la reprise. Nous sommes néanmoins fidèles au budget planifié lors de la reprise des actifs d’Orchestra. Le résultat, purement lié à l’activité, est de l’ordre de 35 M€ d’Ebidta. Nous investissons 7 M€ par an, dont 2 à 3 M€ dans la rénovation des magasins.

Qu’en est-il de l’endettement du groupe ?

P. M. – Il s'élève à 80 M€. Nous avons tenu l’ensemble des engagements pris au moment de la reprise. Le remboursement au tribunal de commerce s’élève à quasiment 1 M€ par mois, en plus d’un apport initial de 15 M€ versé le jour de la reprise. Aujourd’hui, ce sont plus de 30 M€ qui ont été payés. Au niveau de l’exploitation, nous avons bénéficié d'un prêt garanti de l'État de 25 M€. Celui-ci était indispensable pour faire face aux fermetures. Il sera remboursé suivant l’échéancier prévu. À cela s’ajoute une reprise d’engagements et de dettes, comme le plan social et des fonds de garantie à payer aux bailleurs. Au total, cela représente 70 M€ de reprise d’actifs. Nous sommes donc très loin d’une reprise pour un montant symbolique d’un euro.

Comment s’est opérée la restructuration ?

P. M. - Nous avons procédé à une digitalisation à marche forcée et nous avons coupé toutes les branches non rentables. Nous avons aussi recentré l’activité du groupe sur les pays et magasins les plus performants. A l’échelle de l’ancien groupe, ce sont plus de 2 000 salariés que nous avons perdus. Nous avons fermé 160 magasins à l’étranger et 40 en France. Le groupe a été durement restructuré.

Et au niveau des ressources humaines ?

P. M. - Aujourd’hui, nous sommes 3 200 salariés. Dont 59 à Lunel, 245 à notre siège de Saint-Aunès, 779 employés dans les magasins France et 2 000 à l’étranger. S'y ajoutent les 300 personnes travaillant au sein de la plateforme logistique d’Arras - qui est une joint-venture - ainsi que les franchisés, qui correspondant à un millier de salariés supplémentaires.  Le climat social est apaisé. L’effectif a même augmenté de 14 salariés supplémentaires par rapport au moment de la reprise. Nous avons aussi payé 2 M€ d’intéressement le mois dernier, ce qui n’était pas arrivé depuis ces dernières années.

Comment cette restructuration vous a-t-elle impacté au niveau international ?

P. M. - Il n’y a eu aucune reprise de magasins dans la moitié des pays où nous intervenions. Que ce soit en Chine, aux États-Unis, en Turquie, en Italie. Aujourd’hui, il y a six pays importants pour nous : la France, la Grèce, le Maroc, la Belgique, la Suisse et l’Espagne. Au total, nous sommes présents dans une douzaine de pays contre soixante auparavant. Nous avons fermé 60 magasins sur 70 en Espagne, et 10 points de vente en Belgique sur 70.

Le digital représente-t-il une part croissance de votre activité ?

P. M. - Un tiers du marché de la puériculture est désormais réalisé au travers du canal numérique. En revanche, cela ne représente que 10 % du marché du vêtement pour enfant. Le canal physique est encore important, ne serait-ce qu’en raison de l’essayage. Le digital a néanmoins explosé. Il représente 30 M€ de CA sur les produits et tout autant sur l’adhésion et les listes de naissance. Soit près de 25 % du CA au total. Orchestra a pour ambition de devenir un distributeur omnicanal et omniformat.

Pourquoi avoir installé votre plateforme logistique à Arras et non à Montpellier ?

P. M. - En 2010, nous avions essayé de réaliser une extension de l’entrepôt de Saint-Aunès. Cela n’a malheureusement pas été possible, car les terrains se trouvent en zone de crue centennale. Une dérogation a été refusée. À l’époque, il n’y avait pas de terrain de plus de 20 000 m2 disponible dans l’agglomération de Montpellier. Quand nous avons signé en 2013 pour le terrain à Arras, il était entendu que l’entrepôt de Saint-Aunès ne perdure pas. Aujourd’hui, il est occupé par Chronopost et génère 300 emplois. Soit 100 emplois supplémentaires par rapport au temps où nous l’exploitions. Pour rappel, cet entrepôt a été vendu à un investisseur, dans un contexte d’augmentation de capital de 25 M€.

Quelle est l’activité de l’entrepôt de Lunel ?

P. M. - Nous conservons toujours un entrepôt à Lunel pour le reconditionnement de certains produits non vendus. C’est un investissement annuel de 2 M€, mais qui permet de générer 3 M€ de marges. Il y a trois ans, cette activité de reconditionnement était effectuée à partir de notre entrepôt d’Athènes. Aujourd’hui, les équipes de Lunel ont une productivité au moins identique à celle des salariés de ces anciens entrepôts grecs.

Quels sont vos objectifs pour l’exercice en cours ?

P. M. - Ce serait d’atteindre 450 M€ de CA, même si on se trouve dans une situation un peu incertaine. On voit bien que la consommation fléchit. Les Européens sont inquiets à cause de l’inflation qui pèse sur leurs dépenses incontournables comme l’alimentation ou l’énergie. Le consommateur est frileux. Pour autant, le vêtement pour enfant semble pour l’heure un peu épargné. Les franchisés ont trouvé une belle rentabilité. Ce pourquoi nous prévoyons cinq à dix ouvertures de magasins par an, sous le modèle de la franchise.

Des rumeurs laissent entendre une cession de NewOrch, qu’en est-il ?

P. M. - Je ne suis pas éternel et je suis dans l’année de mes soixante ans. Aucun de mes enfants n’a émis le souhait de reprendre l’entreprise. Je rappelle que la famille Mestre est actionnaire de NewOrch à hauteur de 42 %, la famille Gotlib détient 21 %, une famille suisse 15 %, les fournisseurs, franchisés et actionnaires détiennent 25 %. On étudie toutes les possibilités qui assureront la pérennité du groupe. Cela peut passer par une augmentation de capital. Nous avons mandaté la banque Rothschild à cet effet. Dans le futur, il pourrait y avoir une prise de participation minoritaire ou majoritaire.

Propos recueillis par Mickaël Deneux / deneux@lalettrem.net
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