Christian Reclus (Arterris) : « Rééquilibrer nos activités de production agricole brute et agroalimentaire »
Tout juste nommé directeur général du groupe coopératif audois Arterris, Christian Reclus revient, pour La Lettre M, sur une année 2020 atypique et sur les projets de la coopérative. Interview.
Vous assuriez l’intérim de la direction générale d’Arterris* depuis le départ de l’ancien DG Marc Logie en mars dernier. Votre nomination officielle à la direction générale se place-t-elle dans un objectif de rupture ou plutôt de continuité ?
Je suis présent dans le groupe Arterris depuis 1997. J’y ai occupé successivement les postes de directeur dans les activités céréale, logistique, agrofourniture puis je suis devenu directeur général adjoint en charge du pôle agricole en 2014. Ma nomination s’inscrit donc plutôt dans une continuité : l’objectif du président d’Arterris (Jean-François Naudi, NDLR) étant de maintenir le cap défini par le projet d’entreprise écrit il y a quatre ans : « Vision et Ambition 2025 ».
Quelles ambitions ce projet d’entreprise a-t-il ?
Il part du principe qu’Arterris est une coopérative polyvalente dans les domaines de l’agriculture et de l’agroalimentaire, au service du territoire, c’est-à-dire de la création de valeur sur le territoire qu’elle couvre : l’Occitanie, une bonne partie de Paca et quelques départements de Nouvelle-Aquitaine.
Arterris s’est également fixé pour ambition la recherche de valeur dans l’aval. La production de matière première en amont sur nos territoires est de plus en plus difficile, nous l’avons bien vu cette année ! Nous souhaitons donc rééquilibrer nos activités de production agricole brute et agroalimentaire. Il y a quatre ans, l’agroalimentaire représentait moins de 15 % de notre chiffre d’affaires, aujourd’hui cette activité pèse 40 %.
Nous estimons que l’enjeu de préservation de la valeur passera par la sécurisation de nos débouchés à valeur ajoutée et par la captation de valeur, en faisant de la croissance endogène ou externe sur des entreprises de l’aval, notamment agroalimentaire. Nous avons aussi des ambitions en distribution alimentaire pour les produits de notre production. Aujourd’hui nous disposons de onze magasins de proximité, orientés sur des produits festifs issus de canards gras (sous enseigne les Fermiers Occitans et Larroque) : nous comptons nous appuyer sur cette expérience pour poursuivre le développement de la distribution alimentaire de proximité. Notre idée est d’identifier les marchés qui nous sont accessibles, et de voir quels moyens nous avons pour valoriser nos productions, en transformation ou en distribution. Nous visons avant tout les marchés régionaux, même si nous n’excluons pas quelques positions nationales, comme nous l’avons fait avec la reprise de La Belle Chaurienne, qui est une marque nationale.
La crise sanitaire a-t-elle freiné le développement des projets d’Arterris ? A-t-elle eu des conséquences sur votre activité ?
Le confinement a retardé quelques projets de croissance, autour du développement dans l’agroalimentaire essentiellement. Ils ne sont en aucun cas remis en cause. Ils verront le jour dans les mois qui viennent.
Pendant le confinement, l’activité liée à la fourniture de la RHF (restauration hors foyer, NDLR), a beaucoup souffert. Si l’on prend l’exemple de la filière ovine, nous avons été en difficulté à Paris où nous distribuons la RHF : nous avons passé des mois avec un recul de l’activité de l’ordre de -50 %, voire -60 %. À l’inverse, dans le circuit de distribution vers le grand public, nous avons été plutôt en accélération d’activité. On remarque que la crise sanitaire a redonné des opportunités aux produits locaux de qualité. Pendant le confinement, on a constaté un retour vers les surfaces de vente plus modestes. Nous avons enregistré une croissance très forte de la distribution dans nos magasins de proximité Gamm Vert, qui vendent des produits de terroir.
Arterris a annoncé une récolte d’été historiquement basse. Comment s’annonce celle d’automne ?
La récolte d’été de céréales a été très compliquée. Les conditions climatiques (pluie) n’avaient pas permis l’année dernière de semer toutes les cultures (blé, orge…). En une carrière de 30 ans, c’est la première, peut-être la deuxième fois, que je vois une campagne où l’on ne peut pas implanter toutes les cultures prévues. Les cultures semées l’ont été très tardivement, et au printemps, les pressions maladies ont été très fortes. On a enregistré un recul de nos récoltes de plus de 20 % par rapport à l’année dernière : des volumes significatifs qui pénalisent nos agriculteurs, et notre coopérative qui vit avant tout sur des masses de flux. La récolte d’automne s’annonce elle-aussi très compliquée : les dernières cultures de tournesol et sorgho ont été implantées tardivement, et la pluie est arrivée très tôt au mois de septembre. À tel point qu’à l’heure actuelle, il doit rester au moins 40 % des récoltes qui n’ont pas encore été rentrées et sur lesquelles on a des inquiétudes quant à la qualité. La récolte d’automne sera probablement moyenne à médiocre. 2020 sera une année à oublier très vite en termes de rendements pour les producteurs de céréales.
* Le groupe Arterris, basé à Castelnaudary, dans l'Aude représente plus de 20 000 producteurs répartis sur l'Occitanie, Provence Alpes Côte d'Azur et la Nouvelle-Aquitaine. Présidée par Jean-François Naudi, la coopérative compte 2 200 salariés, en majorité en Occitanie.










