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Région Occitanie
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| 3/05/2018

Carole Delga se livre à La Lettre M devant 250 décideurs locaux

Carole Delga, présidente PS de la Région Occitanie, était l’invitée du Petit Dej’ de La Lettre M, organisé le 3 mai au centre de congrès Pierre Baudis, à Toulouse. L’occasion pour Hubert Vialatte, rédacteur en chef, de l’interroger pendant 1h30 sur les sujets qui intéressent de près les chefs d’entreprise et les décideurs du territoire, devant un parterre de près de 250 personnes. Au menu : développement économique, aide aux entreprises, stratégie d’innovation, LGV, relations avec Jean-Luc Moudenc, prochaines échéances électorales… Morceaux choisis.

La nouvelle agence de développement économique Ad’Occ : « Pour être efficace en matière de soutien à l’économie, nous avions besoin d’un bras armé fort. Ad’Occ, née de la fusion de six agences existantes, accompagne les entreprises dans toutes les phases de leur développement, y compris à l’international. L’agence œuvre également à l’attractivité du territoire auprès des investisseurs étrangers potentiels et au soutien à l’innovation. Le tout, dans une logique territoriale. Ainsi, Ad’Occ disposera au minimum d’une implantation dans chacun des 13 départements d’Occitanie. Et nous avons voulu bâtir une action qui ne soit pas redondante, mais bien complémentaire, avec celle d’autres structures comme les CCI, les chambres de métiers et de l’artisanat, les pôles de compétitivité et les clusters. Avec un référent unique par entreprise. Sur ce point, je suis intraitable ! La mission d’un chef d’entreprise est de développer son entreprise, pas de se prendre la tête avec les méandres administratifs… »

L’emploi : « C’est mon premier combat. Notre région vit un développement économique favorable. Mais paradoxalement, nous sommes la 2e région française avec le taux de chômage le plus élevé. Car notre croissance démographique est très forte. Ainsi, chaque année, notre territoire doit créer 22 000 emplois pour que le chômage n’augmente pas. C’est évidemment un challenge. Au-delà du Plan BTP lancé au début du mandat, la Région travaille aux côtés de Pôle Emploi pour faire en sorte, notamment, que les besoins des entreprises soient pourvus. Car il existe aujourd’hui 15 000 emplois non pourvus dans la région. Certains secteurs, dans l’hôtellerie-restauration, les services à la personne, mais aussi l’aéronautique, ont du mal à recruter.

Les zones d’activités et le foncier : « Il existe aujourd’hui environ 300 hectares disponibles dans les différentes zones d’activités régionales, les OZE (Occitanie zone économique, NDLR). Mais certains des territoires ayant de grandes capacités d’accueil ne sont pas ciblés en priorité par les chefs d’entreprise. Pourtant, une fois qu’ils sont installés dans le Gers, le Gard ou le Lot, ils sont ravis de s’y développer. »

Aide à l’innovation, à travers les projets de Cité des start-up, à Toulouse, et de Cité de l’économie et des métiers de demain, à Montpellier : « Je suis très attachée à travailler en complémentarité avec les structures existantes. L’époque où le plus important, dans un projet politique, était la taille du logo, est révolue. Aucun projet régional n’est mené seul depuis un bureau. Il doit partir du terrain. Voilà pourquoi nous aurons à Toulouse une Cité des start-up, en complémentarité avec le bâtiment dédié à l’aéronautique B 612 (porté par Toulouse Métropole, NDLR), et pas à Montpellier, où le Bic travaille déjà très bien sur ces thématiques. Le besoin est différent, donc la structure mise en place doit l’être aussi. »

La digitalisation des TPE-PME : « Nous proposons aux TPE et aux PME tout un panel d’aides au développement. Il peut s’agir d’un simple soutien en matière d’expertise, d’aide à la transformation, avec le Chèque numérique, ou d’accompagnement sur le plus long terme, dans l’ensemble des process et des champs de l’entreprise. Nous souhaitons aussi participer, aux côtés des réseaux consulaires et des branches professionnelles, à l’émergence d’une prise de conscience. C’est aux acteurs publics de faciliter l’appropriation de ces outils indispensables à la compétitivité de demain. »

Le phénomène d’hyper-métropolisation : « Nous souhaitons que l’aménagement du territoire soit plus équilibré. Nous connaissons tous la saturation des métropoles. Cette concentration excessive n’est plus supportable. »

Les projets de LGV Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan : « Nous avons mené une campagne en faveur de ces projets. Mais attention, il ne s’agit pas d’une campagne de com’, mais d’une campagne d’action. J’ai certes de très bons communicants, mais l’important, c’est le fond, les bonnes idées. Nous nous sommes mobilisés, toutes tendances politiques confondues, pour expliquer à l’État que l’Occitanie avait absolument besoin de la LGV. Soyons clairs : si, en 2040, nous n’avons pas de LGV, le sud de la France, ce sera Bordeaux et Marseille. Ce n’est pas compliqué ! C’est la raison pour laquelle nous avons proposé à la ministre des Transports un nouveau montage financier, avec la mise en place d’une société de financement inspirée du Grand Paris. Le montage s’appuierait à la fois sur une taxe sur les poids-lourds en transit international, une nouvelle répartition de la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, NDLR) et une taxe sur les bureaux. On nous a souvent dit qu’il ne fallait pas faire la LGV, mais investir plutôt dans les trains du quotidien. Quelle erreur d’analyse ! Car si on n’a pas de LGV, on ne peut pas avoir davantage de trains du quotidien, à cause de la saturation ferroviaire. Nous avons de toutes façons besoin de nouvelles lignes. Et je préfère faire rouler dessus un TGV plutôt qu’une Micheline ! De nombreuses théories économiques existent. Personnellement, je ne crois pas beaucoup à celle du ruissellement. En revanche, ce que je sais, c’est que tout développement économique doit être précédé d’investissements en infrastructures. Or, depuis vingt ans, nous n’avons pas assez investi dans le ferroviaire. »

La réforme de l’apprentissage : « Ce projet de loi me déplaît, et je l’ai fait savoir. Car il ne traite pas de la question de l’orientation, que nous souhaitions voir confiée aux Régions. Or, si on élude cette question, on passe à côté de 80 % des problèmes de l’apprentissage. Quant au financement aux contrats des CFA, il va conduire à la fermeture de structures à petits effectifs, souvent implantées en milieu rural. »

Le soutien à la filière aéronautique : « Avec le Plan Ader 4, nous avons voté 200 M€ de financements sur la période 2017-2021 pour la filière aéronautique régionale, et notamment pour aider les sous-traitants à répondre à la montée en cadence de la production, avec un niveau de qualité très élevé. Nous soutenons également le secteur de l’ingénierie et le développement de l’innovation : avions plus électriques, fabrication additive, etc. »

La future Tour d’Occitanie (dans le quartier Matabiau, à Toulouse) : « Je pense qu’en matière d’urbanisme, il faut avoir du courage : il faut densifier. Les autres métropoles ont une densification urbaine plus forte qu’à Toulouse. On ne peut plus continuer avec l’étalement urbain que nous connaissons, ce n’est plus tenable. Construire une tour dans ce quartier me semble par conséquent assez intelligent. En revanche, il faut veiller à ce qu’il y ait une vraie mixité, y compris sociale. »

Ses relations avec Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse et président de Toulouse Métropole : « Nous travaillons dans un esprit constructif et respectueux. Oui, il va y avoir les élections municipales, avec un temps de débats et d’échanges autour de différents projets. Mais cette échéance a lieu dans deux ans. En attendant, continuons à travailler ! »

Le 1er anniversaire d’Emmanuel Macron au pouvoir : « Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2017, la France a retrouvé le chemin de la croissance. Il y a eu, c’est vrai, une augmentation de la confiance liée à la présidence Macron. Mais je n’ai jamais vu une réforme porter ses fruits en six mois : les chiffres de 2017 sont donc également liés aux réformes menées par le précédent gouvernement. La France est en train de se redresser, mais tout n’est pas gagné. Emmanuel Macron n’est pas un décentralisateur. On nous avait indiqué que les collectivités ne subiraient pas de baisses de dotations. Résultat : nous avons 50 M€ en moins, alors que la compétence économique nous a été transférée. La promesse n’a donc pas été tenue. Je le regrette. Je ne suis pas non plus d’accord avec la limitation par l’État des dépenses de fonctionnement des collectivités locales à 1,2 % par an. Même si, en la matière, la Région Occitanie ne dépassera pas les 1 %, je ne signerai pas ce contrat avec l’État. Je ne prends pas mes ordres chez le préfet ! »

Sa candidature en 2021 : « Si j’ai toujours la santé, je serais, oui, candidate à la présidence de la Région en 2021. Car je suis passionnée et j’ai encore beaucoup de choses à faire. »

Propos recueillis par Alexandre Léoty
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