Bibop Gresta : « Grâce à Hyperloop, Toulouse est devenu le centre du monde »
Pas d’annonces fracassantes, et encore moins de données stratégiques chiffrées, mais une déclaration d’amour flamboyante à Toulouse et sa région. Avec, en filigrane, la volonté de rassurer les sceptiques qui doutent de la crédibilité de ce moyen de transport à grande vitesse par lévitation magnétique. De passage dans la Ville rose le 18 juin, Bibop Gresta, cofondateur de la start-up californienne Hyperloop TT - qui a implanté un centre de R&D et d’essai dans l’ancienne base militaire de Francazal - a accordé une interview exclusive à La Lettre M.
Vous vous êtes engagé à aménager à Toulouse Francazal une première piste d’essai de 300 mètres de long. Où en est-on aujourd’hui ?
En ce qui concerne cette première piste d’essais, les choses sont allées plus vite que nous l’imaginions, au niveau du gros œuvre. Neufs pylônes sont en train de sortir de terre. La phase de détection et d’élimination des bombes (datant de la Seconde guerre mondiale, NDLR) a été très rapide. De même que la dépollution. Nous avions prévu que cela durerait six mois. Cela a été réalisé en un mois. Nous avons pu bénéficier du concours d’une équipe incroyable, qui a travaillé d’arrache-pied. Une fois la structure terminée, nous positionnerons tous les tubes. Nous pensons que la piste pourra être livrée en fin d’année. Nous faisons des miracles, ici !
Votre 2e piste d’essais, qui doit s’étirer sur 1,2 kilomètre, sera-t-elle opérationnelle comme prévu l’an prochain ?
La construction de cette deuxième piste, qui doit être surélevée de six mètres au-dessus du sol, suivra immédiatement celle de la première piste.
Le montant total de votre investissement, de l’ordre de 40 M$, qui a été évoqué en son temps, est-il toujours d’actualité ?
Il circule certaines idées fausses. Ce que je peux vous dire, c’est que nous investissons actuellement beaucoup d’argent. Et nous ne recevons pas un centime d’argent public.
Combien investissez-vous ?
Nous investissons beaucoup d’argent chaque mois. Ce sont des investissements qui pourraient éventuellement inclure des fonds complémentaires dans le futur. Nous avons ici dix personnes qui travaillent à plein temps sur le projet. L’équipe s’étoffe très vite, avec des profils vraiment incroyables. Et très vite, il y aura beaucoup de monde…
Combien de recrutements prévoyez-vous ?
Nous rencontrons régulièrement de nouveaux talents. Nous souhaitons développer une grande équipe, ici. Nous devons trouver les bons profils, ceux qui vont porter très rapidement le projet dans sa phase d’exécution. Nous avons la chance d’être ici, en France, et tout spécialement à Toulouse.
Pourquoi Toulouse ? À cause de l’aéronautique et du spatial ?
Ce qui nous attire avant tout, ce sont les talents que vous avez ici. Et beaucoup d’entre eux vivent autour de Francazal. Grâce à Airbus. Il est impressionnant de voir le nombre de talents auquel on peut avoir accès à Toulouse. Par ailleurs, les acteurs publics sont particulièrement efficaces. Ils sont très proactifs. Ils répondent dans des temps record. Ils nous ont accompagnés dans la phase de dépollution. Je ne peux pas être plus satisfait de cet écosystème. C’est facile de parler, quand on est un politicien. Mais c’est plus difficile d’agir. Vous savez, j’ai attendu deux mois et demi l’ouverture de notre site au Brésil. C’est fou !
Et à Toulouse, c’est plus simple, plus rapide ?
Absolument ! Je sais que ça peut surprendre beaucoup de Français. Mais c’est la vérité. Les acteurs publics ont été capables de nous attirer ici. La première fois que nous les avons rencontrés, notre première réaction a été : « Excusez-moi, où se trouve Toulouse, au juste ? Vous savez, toute la planète veut un système Hyperloop, alors pourquoi devrait-on le bâtir ici ? » Mais ils avaient raison ! Les Français l’ignorent parfois, mais ce pays a l’un des plus grands budgets de R&D du monde. Il y a en France un incroyable écosystème de start-up. Je ne dis pas ça pour faire plaisir à qui que ce soit. Mais il faut être juste. Toulouse est le centre du monde, maintenant ! Les États-Unis découvrent où se situe Toulouse grâce à l’Hyperloop. Nous avons placé la ville au centre de l’univers de la révolution des transports. Et c’est bon pour l’ensemble de l’écosystème.
Vous êtes présent dans le monde entier. Quel rôle, précisément, joue Toulouse dans votre dispositif ?
Toulouse devient une part centrale de notre projet. C’est ici que sera développé et délivré le premier Hyperloop de l’histoire ! On construit un prototype, ici. Nous allons démontrer la pertinence de notre technologie. Nous allons montrer au monde ce qu’est l’Hyperloop. Et ce n’est pas de vitesse dont il s’agit, mais d’efficacité. Oui, on peut aller à la vitesse du son (1 200 km/h, NDLR), mais ce n’est pas pertinent. La beauté de l’Hyperloop, c’est son efficacité.
Quand peut-on espérer une mise en service ?
Nous prévoyons la mise en service d’une première ligne commerciale aux Émirats Arabes Unis, en partenariat avec le gouvernement d’Abu Dhabi, en 2020. Mais il y aura des surprises en fin d’année…
Êtes-vous un rêveur ?
Bien sûr ! C’est ma responsabilité, d’être un rêveur, un optimiste. Je suis le fondateur de l’Hyperloop ! Mais le rêve ne sert à rien ni l’on n’imagine pas les différentes étapes qui permettront de le concrétiser. Au lieu de rêver le futur, on préfère le construire. C’est plus amusant. Et au cours des cinq dernières années, nous avons démontré, en partant d’une page blanche, qu’il était possible de construire l’Hyperloop.
Que répondez-vous à vos détracteurs, qui parlent de l’Hyperloop comme d’une « hyper entourloupe »…
Écoutez, nous avons basé notre entreprise sur la collaboration. À l'origine, nous ne connaissions pas toutes les réponses. Nous n’avons pas eu l’arrogance de dire que nous savions comment tout faire. Alors nous nous sommes ouverts et nous avons dit : « Ceux qui veulent contribuer, nous leur offrons des stock-options ». Le problème que j’ai, maintenant, c’est que certains scientifiques évoquent l’Hyperloop de façon négative, mais en se basant sur rien ! Je lis des choses, sur un trajet Montpellier-Toulouse en Hyperloop, par exemple. Mais où avez-vous entendu parler de ça ? On ne fera pas ce genre de choses avant que les pouvoirs publics ne nous le demandent. J’adore la façon de travailler des médias : un journaliste dit quelque chose, les autres le répètent… et ça devient vrai !
Peut-être est-ce parce que vous êtes très secrets...
Mais nous ne sommes pas secrets ! Nous parlons simplement de choses que nous réalisons. C’est différent. Oui, nous avons différentes discussions avec des acteurs publics. Mais ce ne sont pour le moment que des discussions. Et d’autres acteurs se positionnent sur ce marché. Nous avons besoin de créer une industrie. Je serais inquiet si une seule entreprise prenait tout le marché. Même si c’était la mienne.
Vous voulez des concurrents ?
Bien sûr, que nous en voulons. Nous en avons besoin. Les solutions techniques sont là, elles existent. J’aimerais vous dire que nous sommes des génies. Mon équipe est géniale, mais nous ne sommes pas des génies. Nous n’inventons rien. Ce n’est pas de la science-fiction. La technologie existe. Donc, pour revenir à votre question sur nos détracteurs, je veux dire que nous sommes ouverts à toutes les critiques. Nous recherchons en permanence les critiques, car elles nous font avancer. Voilà ce que je demande : « S’il vous plaît, dites-moi où je me trompe, pour que je puisse réparer ça ! ».










