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Haute-Garonne
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Aéronautique et spatial
| 19/01/2021

Benoit Moulas : « Comat va devenir un équipementier de rang européen »

Alors que son groupe Agora Industries, basé à Flourens, vient de se séparer de sa filiale Microtec, Benoit Moulas dévoile sa stratégie, dans un secteur spatial actuellement en pleine ébullition. Interview.

La société Microtec, qui faisait partie du groupe Agora Industries depuis 2009, a quitté son giron fin décembre. Pourquoi ce choix stratégique ?
C'est le résultat de plusieurs facteurs convergeants. Il se trouve que l'ancien président de Microtec, Christian Saubion, a pris du recul il y a environ deux ans. Depuis se posait la question de l'animation de la stratégie de la société. Car une entreprise doit avoir une vision et du sens. Cela nécessite une implication forte. Pour ma part, je préside Comat, dont le développement me demande beaucoup de temps, aux côtés du directeur général Ludovic Daudois. Il nous a semblé qu'il fallait que Microtec soit conduite par un nouveau président. Nous avons finalement décidé que cela s'inscrirait dans le cadre d'un projet de cession. Dès le départ, notre cahier des charges a été clair : le repreneur devait agir dans le respect des équipes et devait porter un projet industriel consistant. C'était un challenge, mais nous y sommes parvenus, avec Fabrice Marchese, qui s'est d'ailleurs associé avec le directeur général et une partie du management de la société.

Comat (100 salariés, CA 2020 : 8 M€), l'autre société du groupe, est-elle également destinée à être cédée à plus ou moins long terme ?
Comat n'est pas à vendre. Évidemment, à moyen et long terme, une entreprise a forcément vocation à être transmise, d'une manière ou d'une autre. Mais ce n'est pas d'actualité. Nous suivons un plan de développement, sur un marché spatial qui s'inscrit dans la durée. Nous sommes aujourd'hui au milieu du gué. Nous avons besoin de quelques années encore pour parvenir à nos objectifs. Il serait totalement prématuré de céder Comat, car le job n'a pas été entièrement fait. Ce serait une erreur stratégique.

Quel rôle entendez-vous jouer dans les différents champs du secteur spatial, des télécommunications à l'exploration scientifique, en passant par l'observation de la Terre ?
Nous souhaitons nous hisser au rang d'équipementier européen dans les mécanismes spatiaux et la propulsion. Pour cela, nous travaillons aux côtés des institutionnels, qui ont de forts besoins de souveraineté, sur des sujets de Défense, mais aussi dans le cadre d'équipements scientifiques, pour l'ISS et les missions sur Mars, notamment. Nous sommes également aux côtés du Cnes et des grands acteurs comme Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space, à qui nous fournissons des équipements à forte valeur ajoutée. Enfin, nous avons une ambition de croissance sur le marché des smallsats (petits satellites, NDLR). Nous positionnons nos produits propres dans les constellations. Nous visons ainsi cette année entre 10 et 11 M€ de CA pour 100 salariés et, à l'horizon 2025, 16 M€ de CA pour 150 salariés.

Pour cela, vous investissez dans votre outil industriel ?
Absolument. C'est notre stratégie depuis de nombreuses années. Et nous allons la poursuivre, en injectant entre 1,5 et 2 M€ dans une extension de 1 000 à 1 500 m2 destinée à accueillir des salles d'intégration et notre bureau d'études. Une enveloppe de 2 M€ sera par ailleurs allouée aux équipements.

En quoi le NewSpace est-il selon vous susceptible de révolutionner le marché du spatial ?
Personnellement, je ne parle pas de NewSpace, mais de smallsats. Le NewSpace est en effet un concept marketing qui marche très bien, qui fait un peu start-up, parfait... Mais au niveau industriel, nous parlons de constellations de satellites miniaturisés permettant des réduction de coûts. Le marché institutionnel et le spatial commercial dit « classique » ont encore de beaux jours devant eux. D'autant qu'eux aussi s'adaptent, évoluent. Le concept de NewSpace suggèrerait que « le nouveau » spatial va remplacer « l'ancien ». Ce n'est pas le cas, même si le marché des smallsats, sur lequel nous sommes positionnés de manière très active, affiche d'immenses perspectives pour les années à venir.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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