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Haute-Garonne
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Aéronautique et spatial
| 8/06/2022

Aura Aero : « Nous nous sommes remis en marche »

[Exclusif] Jérémy Caussade, cofondateur de la société toulousaine Aura Aero, qui développe des avions légers, se confie à La Lettre M, deux mois après le crash de l'un de ses prototypes ayant coûté la vie à deux pilotes. Il constate que depuis le drame, la motivation de ses équipes est « d'autant plus forte. Pour les deux collègues que nous avons perdu, nous n'avons pas le droit de nous résigner. » Et si le processus de levée de fonds – entre 30 et 50 M€ – qui devait se clôturer cet été est plus compliqué que prévu, la confiance demeure. « Nos actionnaires historiques nous soutiennent, de même que l'écosystème, assure le dirigeant. Ensemble, nous poursuivons notre dynamique. »

Deux mois après l'accident qui a endeuillé votre société – le crash du prototype de votre avion Integral R, ayant causé la mort des deux pilotes -, quel est l'état d'esprit au sein d'Aura Aero ?
Nous nous sommes remis en marche. Cet accident nous a rappelé les risques inhérents à nos métiers. Des enquêtes sont actuellement en cours ; nous en attendons les conclusions. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'aujourd'hui, notre motivation est d'autant plus forte, en vue de corriger et d'améliorer les pratiques. Pour les deux collègues que nous avons perdu, nous n'avons pas le droit de nous résigner. Nous devons avancer, poursuivre le développement de nos avions, tester de nouvelles configurations. Nous devons être à la hauteur des enjeux.

Au-delà du terrible drame humain, cet accident a-t-il des conséquences sur l'opération de levée de fonds que vous prévoyiez pour cet été ? Vous évoquiez en mars dernier dans nos colonnes une enveloppe comprise entre 30 et 50 M€...
Il y a forcément des conséquences, car nous devons expliquer les choses... Mais ces conséquences sont maîtrisées. Nos actionnaires historiques nous soutiennent, de même que l'écosystème. Ensemble, nous poursuivons notre dynamique. Le processus de levée de fonds avance bien. Mais indépendamment de l'accident, c'est une opération compliquée pour une start-up industrielle dans l'aéronautique. Charge à nous d'être capables de gérer la période intermédiaire afin de ne pas prendre trop de retard.

Vous avez récemment annoncé un partenariat avec la société slovaque de vente et location d'avions Aelis. Quel en est l'objectif stratégique ?
Avec ce partenariat, qui n'inclut pas d'accord capitalistique mais va bien au-delà d'un simple lien de business, nous nous associons à des experts de l'aviation régionale. C'est une étape majeure pour nous. Nous bénéficions en effet de leur connaissance d'une très grande partie des opérateurs mondiaux. Cela facilite la rencontre avec les clients potentiels. Nombre d'entre eux voient aujourd'hui dans nos appareils l'opportunité de se positionner sur les enjeux de décarbonation. Il est stratégique pour nous de constituer un premier pool de clients qui vont être associés au design de l'avion (ERA, aéronef hybride-électrique régional, NDLR). Le but est de fédérer un collectif solide.

Quelles sont vos ambitions pour les mois à venir ?
Sur la famille Integral, nous visons une mise en service la plus rapide possible, avec une phase de montée en cadence raisonnable. Nous ciblons les 30 avions produits en 2023. Il y a un peu de retard sur notre feuille de route, mais cela se gère et ne remet absolument rien en question. En revanche, nous nous interdisons d'avoir du retard sur nos montées en cadence. Nous sommes très attendus sur la propulsion électrique : cette année, notre Integral E volera. Notre équipe est constituée d'environ 150 personnes et nous allons enregistrer un certain nombre de nouvelles arrivées cet été, y compris de cadres. Nous rendons notre organisation plus robuste. C'est un processus qui se renforcera naturellement après la levée de fonds.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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