L'agriculture déstabilisée par la guerre en Ukraine
La guerre en Ukraine et l'arrêt des échanges économiques qui en découle déstabilisent l’agriculture régionale et française, fortement dépendante aux importations. « Nous sommes en discussion avec le ministère de l’Agriculture pour bâtir un plan de résilience », a confié Denis Carretier, président de la chambre d’agriculture d’Occitanie le 24 mars à La Lettre M, alors qu’il se rendait à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture à Paris, justement pour aborder la question des conséquences du conflit. Selon l’élu de la FNSEA, « tous les marchés sont désorganisés ».
Premiers touchés : les éleveurs. « Le prix de l’alimentation animale a été multiplié par trois », a constaté Denis Carretier. Et la situation pourrait empirer : « Certains céréaliers, qui produisent habituellement du maïs pour l’alimentation animale songent à ne pas en semer cette année », a indiqué Bernard Lannes, céréalier gersois et président de la Coordination rurale, syndicat dont le siège est basé à Auch. « Pour sécher le maïs, il y a besoin de gaz. Or, son prix a tellement augmenté qu’il peut paraître plus rentable de produire du tournesol », a-t-il expliqué. Deuxième argument en faveur du tournesol : cette culture de printemps, utilisée pour la production d'huile, coûte peu cher à produire car elle ne nécessite pas d’azote dont le prix à la tonne « est passé de 300 à 1 500 € en quelques semaines », a affirmé Denis Carretier. Nécessaires pour assurer rendement et qualité sur certaines cultures, notamment le blé tendre, les engrais azotés sont fabriqués à partir de gaz. La France se fournit à l'étranger.
Hausse des prix à la pompe
Autre difficulté rencontrée par les céréaliers : la hausse du prix du GNR (Gazole non routier). «I l y a encore quelques semaines, on payait environ 700 € les 1 000 litres. La semaine dernière, j’ai contacté mon fournisseur le lundi, les 1 000 litres étaient à 1 700€, mais il n’avait plus de stock. Le jeudi, le prix était passé à 1 980€ », a rapporté le président de la Coordination Rurale. Les producteurs de céréales doivent pourtant utiliser actuellement leurs tracteurs pour réaliser les semis de printemps. « Le problème en agriculture, c’est que l’on suit les cycles végétatifs et que l’on ne peut pas reporter notre activité », a noté Denis Carretier.
Et si le cours des céréales atteint actuellement des sommets, les producteurs de la région Occitanie ne devraient pas en profiter pour l’heure. « Les céréaliers avaient déjà vendu quasiment tout leur stock avant le début de la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, le blé est coté à 400 € la tonne, mais beaucoup l’ont vendu plus tôt, lorsque son prix tournait entre 120 et 150 € la tonne », a expliqué Bernard Lannes.
La France dépendante
« Toutes les autres filières sont aussi impactées », a alerté par ailleurs Denis Carretier. « Les arboriculteurs voient le prix des cartons d’emballage exploser, les maraîchers sous serre sont étranglés par le coût de l’énergie ». Selon Bernard Lannes, L'Ukraine était jusqu'à présent un fournisseur important de bouteilles en verre pour le vin mais également de poussins. « On ne produit quasiment plus de poussins en France car cela revenait moins cher d’importer des poussins ukrainiens. Avec le vide-sanitaire déclaré suite à l’épidémie de grippe aviaire, des producteurs de volailles ne vont plus savoir où acheter leurs poussins. En Occitanie, on a pu se fournir juste avant la guerre, mais en Vendée, les producteurs actuellement touchés par l’épidémie vont avoir plus de difficultés », a expliqué le président de la Coordination rurale. Pour le président du syndicat, cette crise est une énième preuve que l’agriculture française « est dépendante de tous les côtés ». Il espère une réaction forte des pouvoirs publics.










