Fil infos

Région Occitanie
|
Numérique / Syndicats - Fédérations - Associations
| 14/09/2026

Édouard Forzy (La Mêlée) : « L’Occitanie a les compétences en IA mais les entreprises ont du mal à passer à l’échelle »

© Laurie Correia

À l’occasion de la 26e édition de La Mêlée Numérique, le festival du numérique et de l’innovation d’Occitanie qui aura lieu du 28 septembre au 2 octobre, Édouard Forzy, président de l’association qui fédère l’écosystème numérique régional, dresse un état des lieux de l’adoption de l’IA par les entreprises. Dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, il estime que la région dispose des compétences pour faire émerger des champions, mais qu’elle « a du mal à passer à l’échelle » faute de financements et de commandes. Il alerte également sur les bouleversements à venir pour l’emploi et plaide pour une stratégie renforçant la souveraineté numérique.

Où en sont les entreprises occitanes dans l’adoption de l’IA ?
L’Occitanie dispose d’énormément de compétences en IA, issues des laboratoires, des universités, des start-up ou encore des besoins des grands groupes, notamment dans l’aéronautique et le spatial. La région développe donc une véritable économie autour de l’IA. Mais l’appropriation par les entreprises reste très faible. Beaucoup avancent de manière désordonnée, sans vraiment savoir comment aborder le sujet ni à qui s’adresser. Avec la vague actuelle, de nombreux acteurs se sont d’ailleurs autoproclamés experts de l’IA. Il y a donc besoin d’un véritable plan IA. Des choses existent au niveau national, mais elles atteignent encore difficilement les territoires. Et les moyens financiers sont aujourd’hui très limités.

L’Occitanie a-t-elle les moyens de faire émerger ses propres pépites de l’IA ?
Oui, et il y a déjà des signes encourageants. Beaucoup de choses se passent à Toulouse et Montpellier, avec des entreprises de tailles différentes. La société héraultaise Septeo est par exemple devenue un véritable champion de l’IA. Nous avons aussi des dispositifs comme l’institut toulousain Aniti, reconnu au niveau national comme un centre français d’excellence en IA, ou encore l’association IA Montpellier Méditerranée, qui est très dynamique. Mais il faut désormais mieux coordonner ces écosystèmes. C’est indispensable pour éviter de reproduire certains échecs du passé, notamment dans l’IoT.

Quel est le principal frein au développement de ces entreprises ?
Le financement. Nous avons de très bonnes compétences, mais nous avons du mal à passer à l’échelle faute de moyens financiers et de commandes. Les Régions commencent à vouloir jouer un rôle pour renforcer leur souveraineté et accompagner les entreprises technologiques. Mais cela reste encore embryonnaire et insuffisamment puissant. La réponse doit probablement être européenne. L’argent est de plus en plus au niveau européen, et c’est à cette échelle que nous devons faire émerger de véritables champions.

Quels métiers vont émerger avec l’IA ?
Nous aurons besoin de compétences capables de « parler » à l’IA et de coordonner des agents IA. Le développeur va progressivement laisser place au chef de projet capable de piloter l’IA et d’apporter les gains de productivité dans les métiers. Mais cela pose aussi des questions sur l’emploi. Certaines tâches seront demain confiées à des IA plutôt qu’à des personnes. C’est particulièrement problématique pour les juniors. Ils commençaient leur carrière par des tâches répétitives qui leur permettaient de monter en compétence. Si ces tâches sont réalisées par des IA, quelle sera leur place dans les entreprises de demain ? Il faut aussi s’interroger sur l’impact de l’IA sur les capacités de recul et l’esprit critique. Le bouleversement est immense et nous n’en sommes qu’au début.

Face aux géants américains et chinois, l’Occitanie peut-elle agir en matière de souveraineté numérique ?
C’est très difficile, car nous sommes tous complètement non souverains sur le plan numérique. Il existe des initiatives européennes, mais elles sont lentes. Il y a aussi des initiatives locales qui montrent que des choses sont possibles. La Région Occitanie a, par exemple, lancé des marchés pour rendre quasiment toute son informatique souveraine. Les résultats seront dévoilés lors de l’événement de La Mêlée Numérique (lire l'encadré). Ils doivent démontrer qu’il est possible de passer à un numérique et à une IA souverains. C’est difficile, mais c’est possible.

Comment La Mêlée fait-elle évoluer son modèle économique ?
La Mêlée continue de connaître une forte demande des entreprises sur les sujets de l’IA et de la souveraineté. En revanche, certains de nos sujets historiques, comme l’inclusion numérique, reposaient sur des financements publics qui se sont effondrés. Cela crée des perturbations importantes dans le monde associatif. Nous sommes donc de plus en plus tournés vers les acteurs économiques : grands groupes, ETI, PME, mais aussi vers le secteur public, qui doit lui aussi se transformer. Nous travaillons également beaucoup avec les territoires, qui ont de vrais besoins, notamment en matière de cybersécurité. Nous devons donc faire évoluer notre propre modèle économique. Plus largement, il faut se réinventer, mais les perspectives restent importantes.

Propos recueillis par Laurie Correia / correia@lalettrem.net
Bloc Abonnement

La Lettre M sur votre bureau chaque mois, la newsletter quotidienne à 18h, toute l'actualité en temps réel sur lalettrem.fr, les magazines thématiques, le guide « Les Leaders, ceux qui font l’Occitanie », la référence des décideurs d'Occitanie